Méthode

Comment je sélectionne une SCPI aujourd'hui, et pourquoi j'avais tort de les rejeter en bloc

Je dois commencer par une correction. Pendant deux ans, j'ai expliqué pourquoi je n'investissais pas dans les SCPI. Puis j'ai regardé ce qui s'était passé entre 2023 et 2026, SCPI par SCPI : certaines ont perdu plus de 15 % et bloqué leurs retraits, d'autres n'ont rien bougé. Rejeter la catégorie entière était une erreur.

Par Alexandre Pollet, conseiller en gestion de patrimoineMis à jour le 24 septembre 2026 9 min de lecture

Sommaire
  1. 1.Les deux faiblesses structurelles que je maintiens
  2. 2.Critère n° 1 : l'ancienneté de la SCPI et de son équipe
  3. 3.Critère n° 2 : l'historique de distribution sur dix ans au moins
  4. 4.Critère n° 3 : le taux d'occupation financier
  5. 5.Critère n° 4 : la qualité réelle du patrimoine
  6. 6.Pourquoi le taux de distribution vient-il en dernier ?
  7. 7.Ce que ma grille ne dit pas
  8. 8.Foire aux questions
  9. 9.En résumé

L'essentiel. Pendant deux ans, j'ai rejeté toutes les SCPI en bloc, à cause de leurs frais et de leur dépendance à la collecte. J'avais tort, pas sur les faiblesses, qui sont réelles, mais sur la généralisation. Certaines SCPI anciennes, gérées avec discipline, ont traversé la crise de 2023-2026 sans baisser leur prix de part ni bloquer leurs retraits. Ma grille tient en quatre critères, dans cet ordre : l'ancienneté de la SCPI et de son équipe, l'historique de distribution sur au moins dix ans, le taux d'occupation financier, et la qualité réelle du patrimoine (date d'achat, localisation, locataires). Les frais viennent après, et le taux de distribution en dernier.

Je dois commencer par une correction. Pendant deux ans, sur ma chaîne, j'ai expliqué pourquoi je n'investissais pas dans les SCPI : des frais empilés à plusieurs niveaux, une liquidité qui dépend des nouveaux entrants, des conflits d'intérêts entre société de gestion et associés. J'ai même conseillé des SCPI à des clients sans jamais en détenir moi-même, ce qui n'est pas une position confortable. Puis j'ai regardé ce qui s'était réellement passé entre 2023 et 2026, SCPI par SCPI, et j'ai constaté que la dispersion était énorme : certaines ont perdu plus de 15 % de valeur de part et bloqué leurs retraits, d'autres n'ont rien bougé et ont continué à distribuer. Rejeter la catégorie entière était une erreur de raisonnement. Cet article explique comment je sélectionne, aujourd'hui, celles que je juge dignes d'intérêt.

Les deux faiblesses structurelles que je maintiens

Changer d'avis sur la généralisation ne veut pas dire renier le diagnostic. Une SCPI à capital variable a deux fragilités que rien ne fait disparaître. La première, ce sont les frais : commission de souscription de 8 % à 12 % ou frais de gestion majorés pour les modèles sans frais d'entrée, commissions sur acquisitions, cessions et travaux, et un alignement d'intérêts imparfait entre une société de gestion rémunérée sur l'activité et des associés qui voudraient de la patience. J'ai détaillé ce point dans mon article sur les SCPI sans frais d'entrée. La seconde, c'est la liquidité : les retraits sont financés par la collecte, et quand la collecte s'arrête, les sortants attendent. Mon article sur le prix de part des SCPI explique pourquoi.

Ce que j'ai compris, c'est que ces deux faiblesses ne frappent pas toutes les SCPI de la même façon. Une SCPI ancienne, dont le patrimoine a été acheté sur plusieurs cycles, dont les associés sont en place depuis vingt ans et dont la société de gestion a déjà traversé une crise, ne dépend pas de la collecte du trimestre pour tenir. C'est cette différence que ma grille cherche à mesurer.

Critère n° 1 : l'ancienneté de la SCPI et de son équipe

Une SCPI créée avant 2010 a traversé la crise de 2008, celle des taux de 2022 et la crise de liquidité de 2023-2024. Son patrimoine a été acheté à des prix variés, ses associés ne sont pas tous entrés au plus haut, et sa société de gestion a une expérience des périodes difficiles. Une SCPI lancée en 2021 a acheté la totalité de son patrimoine au sommet du cycle, avec de l'argent collecté au sommet du cycle, par des associés qui n'ont jamais vu une baisse. Ce n'est pas la même chose, quel que soit le talent des gérants.

Je regarde donc la date de création, mais aussi la stabilité de l'équipe de gestion et l'actionnariat de la société de gestion : une société de gestion rachetée deux fois en cinq ans est un signal. Sur ce site, la fiche Épargne Pierre illustre ce qu'apporte une collecte régulière étalée sur un cycle, et la fiche Corum Origin celle d'une SCPI qui a une décennie d'historique consultable.

Critère n° 2 : l'historique de distribution sur dix ans au moins

Le taux de distribution d'une année ne m'intéresse pas. Ce que je lis, c'est la série : le dividende par part, année après année, sur dix ans si possible, et ce qu'il a fait pendant les mauvaises années. Une SCPI qui a maintenu ou légèrement augmenté son dividende en 2020, 2023 et 2024 a démontré quelque chose qu'aucune plaquette ne peut promettre. Une SCPI qui affiche 7 % depuis trois ans n'a encore rien démontré : elle a acheté récemment à des rendements élevés, et c'est très bien, mais on ne sait pas ce qu'elle fera quand ses premiers baux arriveront à échéance.

Je regarde aussi la part du dividende qui provient du report à nouveau, la réserve constituée les bonnes années pour lisser les mauvaises. Une SCPI qui puise dans ses réserves pour tenir son taux de distribution est une SCPI qui gère bien ; une SCPI qui n'a plus de réserves et tient son taux quand même est une SCPI qu'il faut regarder de très près.

Critère n° 3 : le taux d'occupation financier

Le taux d'occupation financier (TOF) mesure les loyers effectivement facturés rapportés à ceux que percevrait la SCPI si tout son patrimoine était loué. Chaque point sous 100 % est un manque à gagner direct. Je regarde le niveau, mais surtout la tendance sur douze trimestres, et la façon dont la société de gestion l'explique : un TOF qui baisse parce qu'un immeuble est en travaux de rénovation n'est pas le même signal qu'un TOF qui baisse parce que des locataires partent sans être remplacés. Notre page sur les risques des SCPI détaille cet indicateur, et chaque fiche SCPI de ce site le cite avec sa date.

Critère n° 4 : la qualité réelle du patrimoine

C'est le critère le plus long à vérifier et le plus important. Je lis la liste des acquisitions du rapport annuel avec trois questions : quand l'immeuble a-t-il été acheté (avant 2022, il a probablement été payé cher ; après, moins), où est-il (un bureau en première couronne parisienne et un bureau en périphérie d'une ville moyenne ne partagent pas le même avenir), et qui est le locataire (un bail long avec une entreprise solide vaut plus qu'un bail court avec une petite structure). La diversification sectorielle et géographique compte, mais moins que la qualité de chaque ligne : un patrimoine diversifié composé d'immeubles médiocres reste médiocre.

CritèreCe que je lisOùCe qui m'arrête
1. AnciennetéDate de création, stabilité de l'équipe, actionnariat de la société de gestionNote d'information, rapport annuelMoins de 8 ans d'existence, ou une société de gestion instable
2. Historique de distributionDividende par part sur 10 ans, comportement dans les mauvaises années, niveau du report à nouveauRapports annuels successifsUn dividende tenu artificiellement, ou moins de 5 ans de série
3. Taux d'occupation financierNiveau et tendance sur 12 trimestres, explication de la société de gestionBulletins trimestrielsUne baisse tendancielle non expliquée
4. Qualité du patrimoineDate d'achat, localisation, locataires, durée des bauxRapport annuel, liste des acquisitionsUn patrimoine acheté en totalité en 2019-2021
Puis : fraisCoût total sur ma durée de détentionNote d'information, comparateur de coût réelUne structure qui rémunère les transactions
En dernier : taux de distributionLe résultat des cinq lignes précédentes, pas leur causeBulletin trimestrielUn taux très supérieur à la moyenne du marché sans explication par le patrimoine

Pourquoi le taux de distribution vient-il en dernier ?

Parce que c'est une conséquence, pas un critère. Le taux de distribution moyen du marché s'établissait à 4,91 % en 2025 selon l'ASPIM et l'IEIF, avec une dispersion très forte. Une SCPI qui affiche 7 % le doit soit à des immeubles achetés récemment à des rendements élevés, soit à un patrimoine plus risqué, soit à une structure de frais qui gonfle le taux affiché en ne prélevant pas de frais d'entrée. Dans les trois cas, c'est le patrimoine qu'il faut regarder, pas le chiffre. Notre classement des meilleures SCPI en 2026 applique une grille proche, avec la voix du cabinet.

Ce que ma grille ne dit pas

Elle ne dit pas dans quelle enveloppe détenir la SCPI, ce qui change tout pour la fiscalité : notre comparatif SCPI en assurance vie ou en direct traite ce point. Elle ne dit pas non plus si la SCPI est le bon véhicule pour vous plutôt qu'une foncière cotée : ma préférence personnelle va toujours aux foncières, pour la liquidité et la fiscalité des dividendes, et je l'assume dans SCPI vs foncières cotées. Elle dit seulement comment distinguer, à l'intérieur de la catégorie SCPI, celles qui ont fait leurs preuves de celles qui les feront peut-être.

Un cas où cette grille a servi pour un client de 75 ans qui cherchait un revenu sans surveillance : 300 000 € en SCPI plutôt qu’une assurance vie luxembourgeoise.

Foire aux questions

Une SCPI récente est-elle forcément à éviter ?

Non : une SCPI lancée après 2022 a acheté après la baisse des prix, ce qui est un avantage réel. Mais elle n'a pas d'historique, et c'est ce que ma grille valorise. Je la considère comme un pari sur une équipe, pas comme un placement patrimonial démontré.

Faut-il plusieurs SCPI ?

Oui, dès que le montant le permet, et surtout plusieurs sociétés de gestion : deux SCPI de la même maison partagent la même équipe, la même politique et les mêmes risques.

Comment vérifier l'historique de distribution ?

Les rapports annuels des dix dernières années sont sur le site de la société de gestion. Les agrégateurs spécialisés en compilent les séries, avec parfois des écarts de méthode : vérifiez sur la source.

Le report à nouveau, c'est quoi exactement ?

La part du résultat non distribuée les bonnes années, mise en réserve pour lisser les distributions futures. Il s'exprime souvent en jours ou en mois de distribution ; plus il est élevé, plus la SCPI a de marge pour tenir son dividende dans une mauvaise année.

Avez-vous finalement investi dans une SCPI ?

J'ai revu ma position et je considère désormais certaines SCPI anciennes et bien gérées comme des placements défendables, y compris pour moi. Mon cœur de portefeuille reste en foncières cotées.

En résumé

J'ai eu tort de rejeter les SCPI en bloc, et raison sur ce qui les fragilise. La conclusion n'est pas « les SCPI c'est bien » ou « c'est mal », mais : ancienneté, historique, taux d'occupation, patrimoine, dans cet ordre, et le taux de distribution en dernier. Ce qui coûte cher, ce n'est pas de choisir une SCPI : c'est de la choisir sur le seul chiffre qu'elle met en avant.

Pour appliquer cette grille, les fiches SCPI de ce site (Épargne Pierre, Corum Origin, Pierval Santé, et les autres) donnent les données à jour avec leur source. Pour un arbitrage entre plusieurs SCPI, ou entre SCPI et foncières cotées, un rendez-vous avec le cabinet permet de le faire sur vos chiffres.

Cet article développe ma vidéo « SCPI : j'ai découvert leur vrai danger (et comment l'éviter) » (mai 2025). Sources : ASPIM/IEIF, « Collecte et performance des fonds immobiliers grand public en 2025 » (taux de distribution moyen) ; bulletins trimestriels et rapports annuels des SCPI citées, repris dans les fiches de ce site. Avis personnel, pas un conseil en investissement ; les parts de SCPI comportent un risque de perte en capital et une liquidité non garantie ; les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

Auteur

Conseiller en gestion de patrimoine

Conseiller en gestion de patrimoine chez EXP Capital, Alexandre accompagne depuis 5 ans des particuliers, chefs d'entreprise et expatriés sur la sélection d'actifs immobiliers passifs — foncières cotées, SCPI, LMNP géré. Sa conviction : n'investir que dans des actifs qui produisent quelque chose.

EXP Capital — ORIAS n° 25005915. Parcours et méthode →