Avis personnel

ETF immobiliers ou sélection de foncières : pourquoi je choisis mes titres, et lesquels je prendrais sinon

« Plutôt que de choisir des foncières une par une, pourquoi ne pas prendre un ETF qui les contient toutes ? » C'est une bonne question, et pour beaucoup de gens l'ETF est la bonne réponse. Ce n'est pas la mienne, et j'explique pourquoi sans prétendre que ma méthode est supérieure.

Par Alexandre Pollet, conseiller en gestion de patrimoineMis à jour le 24 septembre 2026 8 min de lecture

Sommaire
  1. 1.Pourquoi je préfère sélectionner mes foncières moi-même ?
  2. 2.Quels ETF immobiliers je choisirais si je changeais d'avis ?
  3. 3.Direct ou ETF : comment décider pour vous ?
  4. 4.Foire aux questions
  5. 5.En résumé

L'essentiel. Après plusieurs années d'investissement en direct dans les foncières cotées, je n'ai jamais acheté d'ETF immobilier, pour cinq raisons : un business model assez lisible pour sélectionner soi-même, des indices qui pondèrent par la taille et non par la qualité, une couche de frais supplémentaire, un doute sur ce que devient la gestion passive quand tout le monde s'y met, et le simple plaisir de choisir. Je reconnais pourtant les vertus de ces produits, et si je devais en prendre un, ce serait un ETF sur l'indice FTSE EPRA Nareit Developed, comme celui de HSBC (frais annuels de 0,24 %) ou d'Amundi (0,24 %). Voici les deux raisonnements, pour que vous choisissiez le vôtre.

On me pose souvent la question sous cette forme : « Plutôt que de choisir des foncières une par une, pourquoi ne pas prendre un ETF qui les contient toutes ? » C'est une bonne question, et la réponse honnête est que pour beaucoup de gens, l'ETF est la meilleure solution. Ce n'est pas la mienne, et je vais expliquer pourquoi, sans prétendre que ma façon de faire est supérieure : elle correspond à mon temps disponible, à mes convictions et à mes limites.

Un ETF (exchange traded fund) est un fonds coté qui réplique un indice le plus fidèlement possible : le CAC 40, le S&P 500, ou, pour ce qui nous intéresse, un indice de sociétés immobilières cotées. Vous achetez une part, vous détenez indirectement toutes les sociétés de l'indice, dans les proportions de l'indice.

Pourquoi je préfère sélectionner mes foncières moi-même ?

1. Le business model d'une foncière se lit

Une foncière cotée possède des immeubles, encaisse des loyers, paie ses charges et sa dette, et distribue la majorité du reste, parce que son statut fiscal l'y oblige. C'est un modèle beaucoup plus simple à analyser qu'une entreprise technologique ou pharmaceutique. On peut regarder l'historique du dividende, le niveau de dette rapporté à la valeur du patrimoine, la qualité du management et la décote éventuelle du cours par rapport à la valeur des actifs. Notre page foncières cotées : les critères pour bien choisir détaille cette grille. Quand un actif se lit aussi facilement, déléguer le choix à un indice me paraît dommage.

2. Un indice achète tout, et surtout le plus gros

Les indices classiques sont pondérés par la capitalisation boursière : plus une société est grosse, plus elle pèse. Cela signifie qu'un ETF immobilier vous expose mécaniquement aux foncières les plus valorisées, pas aux mieux gérées ni aux moins chères. Il embarque aussi les secteurs en difficulté au moment où ils sont en difficulté, les bureaux et les centres commerciaux en 2023 par exemple, dans la proportion de leur poids passé. Notre page sur les risques des foncières cotées montre à quel point ces secteurs peuvent diverger.

3. Une couche de frais de plus

Les ETF que je cite plus bas facturent 0,24 % par an, ce qui est peu. Mais c'est 0,24 % de plus que la détention en direct, chaque année, sur la totalité du portefeuille, et cela s'ajoute aux frais que les foncières supportent déjà en interne. Sur vingt ans, ce n'est pas anodin. J'ai détaillé cette logique du coût récurrent dans mon article sur les SCPI sans frais d'entrée : un frais annuel n'est jamais amorti.

4. Le doute sur la gestion passive généralisée

Suivre le marché, c'est se laisser porter par les prix que fixent les autres. Si une part croissante des investisseurs se laisse porter, qui fixe encore les prix ? C'est une question théorique, débattue par des gens plus compétents que moi, et je ne prétends pas y répondre. Mais elle me suffit pour ne pas vouloir que 100 % de mon patrimoine dépende d'un mécanisme dont je ne comprends pas l'issue.

5. Mon capital est limité, et mon attention aussi

C'est la raison la moins rationnelle et la plus honnête. J'aime lire les rapports, comparer les foncières, comprendre pourquoi l'une cote sous la valeur de ses actifs. Ce travail me rend meilleur investisseur, et il me donne le sentiment d'être propriétaire de mes actions plutôt que d'un produit. Si vous n'avez ni ce temps ni ce goût, cette raison ne s'applique pas à vous, et c'est exactement le cas où l'ETF est le bon choix.

Quels ETF immobiliers je choisirais si je changeais d'avis ?

Malgré tout ce qui précède, les ETF ont des vertus réelles : diversification immédiate, frais faibles, aucun risque de mauvaise sélection individuelle, et une discipline mécanique qui protège de ses propres erreurs. Pour le marché européen, l'indice de référence est le FTSE EPRA Nareit Developed, composé des sociétés immobilières cotées des pays développés, avec une forte présence américaine (plus de 60 % de l'indice), puis le Japon et l'Australie.

ETFIndiceFrais annuelsPolitique de dividendeRemarque
HSBC FTSE EPRA Nareit Developed UCITS ETF (IE00B5L01S80)FTSE EPRA Nareit Developed0,24 %Distribuant (trimestriel)Le plus gros et le moins cher sur cet indice selon les comparateurs ; réplication physique complète
Amundi FTSE EPRA Nareit Global UCITS ETF (LU1737652823, version distribuante)FTSE EPRA Nareit Developed0,24 %Distribuant (annuel)Existe aussi en version capitalisante (LU1437018838)

Données de frais et d'ISIN issues des fiches produit des émetteurs et des comparateurs d'ETF, à vérifier au moment de votre lecture : les frais et les codes changent. Dans ma vidéo de 2024, je citais des codes mnémoniques de place qui ont pu évoluer ; je préfère donner ici les ISIN, qui ne changent pas. Si je devais n'en prendre qu'un, ce serait une version capitalisante, pour laisser les dividendes se réinvestir sans frottement.

Un point de vigilance qui vaut pour les deux : ces ETF ne sont pas éligibles au PEA, parce que l'essentiel de l'indice est hors Union européenne, et les dividendes des foncières étrangères qu'ils contiennent subissent des retenues à la source que l'ETF ne récupère pas entièrement. Notre page combien coûte vraiment une foncière cotée détaille cette fiscalité.

Direct ou ETF : comment décider pour vous ?

VousPlutôt sélection en directPlutôt ETF
Temps disponibleQuelques heures par mois pour lire des rapportsAucun
CapitalAssez pour 10 à 20 lignes sans que le courtage pèseTout montant, y compris 50 € par mois
Tolérance à l'erreurAcceptez qu'une ligne puisse mal tournerVoulez ne jamais dépendre d'une société
Conviction sur les secteursVous avez un avis (logistique, santé, terres agricoles…)Vous n'en avez pas et ne voulez pas en avoir
EnveloppePEA possible pour les foncières européennes en directCompte-titres ou assurance vie

La vraie question n'est pas « lequel performe le mieux », que personne ne peut trancher à l'avance, mais « lequel serez-vous capable de tenir pendant vingt ans, y compris quand ça baisse ». Le jour où quelque chose se passe mal, la vente forcée est la pire issue, et elle guette autant le détenteur d'ETF que le sélectionneur de titres.

Ce que donne la sélection en pratique, avec ses réussites et ses erreurs : les foncières triple net que je détiens et Medical Properties Trust, ma plus grosse erreur.

Le raisonnement vaut aussi pour l'ETF actions mondial que beaucoup détiennent seul : je détaille ce qu'il contient réellement et ce que j'ajoute à côté dans 100 % ETF MSCI World en PEA, pourquoi je ne suis pas d'accord.

Foire aux questions

Un ETF immobilier remplace-t-il une SCPI ?

Non : un ETF de foncières cotées est un placement boursier liquide et volatil ; une SCPI est un placement non coté, peu liquide et à valeur lissée. Ils exposent au même sous-jacent avec des comportements opposés. Notre comparatif SCPI vs foncières cotées détaille la différence.

Les ETF immobiliers sont-ils éligibles au PEA ?

Ceux qui suivent un indice mondial, non. Il existe des ETF sur des indices immobiliers européens éligibles au PEA ; vérifiez l'éligibilité dans la documentation du produit.

Faut-il un ETF distribuant ou capitalisant ?

Capitalisant si vous êtes en phase de construction et voulez éviter l'impôt sur les dividendes chaque année ; distribuant si vous cherchez un revenu régulier. Le sous-jacent est le même.

Un ETF est-il moins risqué qu'une foncière en direct ?

Il élimine le risque propre à une société (faillite, mauvaise gestion) mais pas le risque de marché : en 2022-2023, les indices immobiliers cotés ont baissé comme les titres qui les composent.

Combien de foncières faut-il détenir en direct pour être diversifié ?

Il n'y a pas de chiffre magique. Personnellement, je vise une quinzaine à une vingtaine de lignes réparties sur plusieurs secteurs et pays, ce qui suppose un capital suffisant pour que le courtage reste négligeable.

En résumé

Je n'achète pas d'ETF immobilier parce que je préfère choisir, que je me méfie de la pondération par la taille, que je refuse un frais annuel de plus et que j'ai un doute sur la gestion passive généralisée. Ce sont des raisons personnelles, pas des vérités. Pour la plupart des investisseurs qui n'ont ni le temps ni le goût de lire des rapports, un ETF FTSE EPRA Nareit Developed à 0,24 % est un excellent moyen de détenir de l'immobilier coté mondial. Le pire choix n'est ni l'un ni l'autre : c'est de ne rien faire en attendant de trancher.

Pour aller plus loin : la fiche foncières cotées, notre page sur les risques réels, et, pour ceux qui veulent sélectionner eux-mêmes, notre classement des meilleures foncières cotées en 2026. Le site reitdividend.com, du même réseau, va plus loin dans l'analyse titre par titre. Et si vous hésitez sur l'enveloppe (PEA, compte-titres, assurance vie), c'est le sujet d'un rendez-vous.

Cet article développe ma vidéo « ETFs immobiliers : mauvaise idée ? Pourquoi je n'investis pas » (mai 2024). Sources : fiches produit HSBC Asset Management et Amundi ETF, comparateurs d'ETF (justETF, Morningstar) pour les frais et ISIN, données consultées en septembre 2026 ; FTSE Russell pour la composition de l'indice FTSE EPRA Nareit Developed. Avis personnel, pas un conseil en investissement ; les ETF et les foncières cotées comportent un risque de perte en capital.

Auteur

Conseiller en gestion de patrimoine

Conseiller en gestion de patrimoine chez EXP Capital, Alexandre accompagne depuis 5 ans des particuliers, chefs d'entreprise et expatriés sur la sélection d'actifs immobiliers passifs — foncières cotées, SCPI, LMNP géré. Sa conviction : n'investir que dans des actifs qui produisent quelque chose.

EXP Capital — ORIAS n° 25005915. Parcours et méthode →