Retour d'expérience

Terres agricoles : pourquoi je n'ai pas acheté en direct en France et j'investis via des foncières cotées

Les terres agricoles ont tout d'un actif de long terme : pas de bâtiment, pas de destruction, une production réelle. Quand l'occasion d'en acheter en nom propre s'est présentée, j'ai étudié le dossier et dit non. Voici pourquoi, et ce que j'ai fait à la place, chaque semaine, via des foncières cotées.

Par Alexandre Pollet, conseiller en gestion de patrimoineMis à jour le 24 septembre 2026 10 min de lecture

Sommaire
  1. 1.Pourquoi je n'ai pas acheté de terres agricoles en direct en France ?
  2. 2.Comment fonctionnent les foncières cotées de terres agricoles ?
  3. 3.Gladstone Land ou Farmland Partners : laquelle j'ai choisie, et pourquoi
  4. 4.Les terres agricoles sont-elles vraiment un rempart contre l'inflation ?
  5. 5.Foire aux questions
  6. 6.En résumé

L'essentiel. J'ai eu l'occasion d'acheter des terres agricoles en nom propre en France, et j'ai finalement préféré investir chaque semaine dans des foncières cotées de terres agricoles américaines. Pas par goût de l'exotisme : parce qu'en France, le statut du fermage encadre les loyers par arrêté préfectoral, donne au locataire un droit de préemption et une quasi-inamovibilité, fait passer les transactions sous l'œil de la SAFER, et parce que la fiscalité (droits de mutation, taxe foncière) reste lourde malgré l'exonération partielle de 30 % de taxe foncière sur le non-bâti depuis 2025. Les foncières cotées offrent la liquidité, la gestion professionnelle et l'absence d'IFI, au prix d'une volatilité boursière et, pour l'une d'elles, d'une gestion externe rémunérée à 2 % des fonds propres. Voici les deux voies, et pourquoi j'ai choisi la seconde.

Les terres agricoles ont tout pour plaire à un investisseur de long terme : pas de bâtiment qui se déprécie, pas de risque de destruction, un actif productif qui génère de la valeur quand on le cultive, et une surface cultivable par habitant qui diminue chaque année dans le monde. C'est aussi un actif peu corrélé aux marchés financiers, contrairement à l'or ou au Bitcoin qui ne produisent rien. Quand une opportunité d'acheter des parcelles en nom propre s'est présentée, j'ai étudié le dossier sérieusement. J'ai dit non. Cet article explique pourquoi, et ce que j'ai fait à la place.

Pourquoi je n'ai pas acheté de terres agricoles en direct en France ?

Le statut du fermage protège le locataire, pas le propriétaire

En France, louer une terre agricole, c'est entrer dans le statut du fermage : un bail rural d'au moins neuf ans, dont le loyer n'est pas libre. Il est encadré par arrêté préfectoral, dans une fourchette fixée par département, et il évolue chaque année selon l'indice national des fermages publié par arrêté ministériel (123,06 pour 2025, en hausse de 0,42 %). Le preneur en place bénéficie d'un droit de préemption en cas de vente et d'un droit au renouvellement qui rend très difficile de reprendre la terre. Concrètement, une fois le bail signé, le locataire est presque autant chez lui que le propriétaire, et la valeur de marché de la terre s'en ressent : une terre louée se vend nettement moins cher qu'une terre libre, une décote que les professionnels que j'ai consultés situaient entre 20 % et 30 %, ordre de grandeur que je n'ai pas retrouvé dans une statistique officielle et que je vous invite à vérifier localement.

La SAFER et la fiscalité

Les ventes de terres agricoles passent sous le contrôle des SAFER, qui disposent d'un droit de préemption et privilégient l'installation d'agriculteurs. Un investisseur non exploitant n'est pas prioritaire, et c'est voulu. Côté fiscalité, les droits de mutation à l'achat sont parmi les plus élevés d'Europe, et la taxe foncière sur les propriétés non bâties reste due chaque année. L'exonération partielle prévue à l'article 1394 B bis du Code général des impôts a été portée de 20 % à 30 % par la loi de finances pour 2025, et l'article L. 415-3 du Code rural permet de faire rembourser une fraction de cette taxe par le fermier, fixée à 20 % à défaut d'accord. C'est mieux qu'avant ; ce n'est pas une exonération.

Les risques que je ne savais pas évaluer

Un fermier est une petite entreprise : il peut faire faillite, et le propriétaire se retrouve avec une terre à relouer dans un marché très encadré. Les agriculteurs connaissent le potentiel agronomique d'une parcelle mieux que n'importe quel investisseur : je partais avec un désavantage d'information. Et les risques physiques (érosion, pollution, écoulement des eaux) ne se lisent pas dans un acte notarié. J'ai conclu que j'achetais un actif dont je ne maîtrisais ni le loyer, ni la sortie, ni l'évaluation.

Comment fonctionnent les foncières cotées de terres agricoles ?

Aux États-Unis, deux sociétés cotées détiennent des terres agricoles et les louent à des exploitants : Gladstone Land et Farmland Partners. Ce sont des REITs, exonérés d'impôt sur les sociétés à condition de distribuer l'essentiel de leur résultat. Le marché américain est plus libéral : les baux sont plus courts (souvent un à trois ans pour les cultures annuelles, plus longs pour les plantations pérennes), les loyers se renégocient, et les transactions ne passent par aucun organisme de contrôle. Pour un investisseur, cela signifie qu'une foncière peut adapter ses loyers à l'inflation et vendre une parcelle quand le prix est bon.

CritèreTerres agricoles en nom propre (France)Foncière cotée de terres agricoles (États-Unis)
Ticket d'entréePlusieurs dizaines de milliers d'euros minimumLe prix d'une action
LiquiditéPlusieurs mois, contrôle SAFER, décote si la terre est louéeQuotidienne, au cours de bourse
LoyerEncadré par arrêté préfectoral, indexé sur l'indice des fermagesNégocié, révisable à chaque bail
GestionVous, ou un mandataireUne équipe spécialisée
DiversificationQuelques parcelles, une régionDes dizaines à des centaines de fermes, plusieurs États
Fiscalité des revenusRevenus fonciers (barème + 17,2 %)Dividendes au PFU (31,4 % en 2026) après retenue à la source américaine
IFIDans l'assietteHors assiette pour une participation minoritaire dans une société cotée, sous conditions
TransmissionAvantages possibles sous conditions (GFA, bail à long terme)Aucun régime de faveur
VolatilitéFaible et invisibleBoursière, élevée

Gladstone Land ou Farmland Partners : laquelle j'ai choisie, et pourquoi

Les deux sociétés ne captent pas les mêmes actifs ni ne fonctionnent de la même façon. Gladstone Land privilégie les terres à cultures pérennes et à produits frais (fruits, légumes, noix), concentrées en Californie et dans le Nord-Ouest ; Farmland Partners achète plus largement, avec une part importante de cultures annuelles (céréales, soja) dans le Midwest. Mais la différence qui a pesé dans mon choix est structurelle : Gladstone Land est gérée par une société externe, rémunérée par une commission de base de 2 % par an des fonds propres ajustés, plus une commission d'intéressement au-delà d'un seuil de résultat, d'après ses propres documents déposés auprès de la SEC. Farmland Partners est gérée en interne, avec des salariés de la société. Quand j'ai fait mon choix, en 2024, la direction de Farmland Partners détenait une part significative du capital, de l'ordre de 8 % d'après ce que j'avais lu dans les documents de l'époque, un chiffre à vérifier dans le dernier document de référence au moment de votre lecture.

Pour moi, une gestion interne et une direction actionnaire alignent mieux les intérêts qu'une gestion externe rémunérée sur la taille du bilan. J'ai donc mis Farmland Partners dans mon plan d'investissement programmé, pour plusieurs milliers d'euros au fil du temps. J'ai en revanche été surpris, plus tard, par la qualité opérationnelle de Gladstone Land : taux d'occupation proche de 99 %, dividende mensuel, et, à un moment, une décote marquée par rapport à la valeur estimée de ses terres. Ce sont des chiffres d'un instant, qui ont changé depuis ; je les cite pour montrer que le choix n'est pas évident, pas pour vous le dicter.

  • Ce que j'ai gagné : aucun montant minimum, une liquidité quasi instantanée, une gestion par des gens dont c'est le métier, une exposition à un marché plus libéral, et l'absence d'IFI.
  • Ce que j'ai accepté : une performance historique inférieure à 10 % par an sur des sociétés jeunes (Farmland Partners n'existe que depuis 2014), aucun avantage fiscal pour la transmission, une volatilité boursière, et, pour Gladstone Land, une structure de frais externe qui me gêne.

Les terres agricoles sont-elles vraiment un rempart contre l'inflation ?

C'est l'argument qu'on lit partout, et il est à moitié vrai. Une terre agricole produit une denrée dont le prix suit, à long terme, l'inflation alimentaire ; le loyer d'une terre libre peut suivre. Mais en France, l'indexation par l'indice des fermages est lente et administrée, et aux États-Unis, la valeur des terres dépend autant des taux d'intérêt que des prix agricoles : quand les taux montent, les terres, comme tout actif de rendement, se valorisent moins. Sur les périodes de stagflation, l'immobilier de rendement a historiquement mieux résisté que les actions, mais une terre reste un actif de rendement. Je la considère comme une diversification, pas comme une assurance.

Le même prisme, un bon actif produit quelque chose, explique pourquoi je ne détiens ni or ni cryptomonnaies : voir pourquoi je n'investis pas dans le Bitcoin.

Foire aux questions

Peut-on investir dans les terres agricoles françaises sans acheter en direct ?

Oui, via des groupements fonciers agricoles (GFA) ou des sociétés dédiées, avec des règles proches de celles des groupements forestiers que ce site décrit dans sa fiche GFF et GFI. La liquidité reste faible et le loyer reste encadré par le fermage.

Les dividendes de ces foncières américaines sont-ils taxés deux fois ?

Une retenue à la source de 15 % s'applique aux États-Unis en vertu de la convention fiscale, puis le PFU en France, avec un crédit d'impôt qui neutralise en grande partie la retenue sur un compte-titres. Mon article sur la double imposition des dividendes étrangers détaille le mécanisme pays par pays.

Ces foncières sont-elles éligibles au PEA ?

Non : elles sont américaines. Elles se détiennent sur un compte-titres ordinaire ou, pour certaines, en unité de compte d'assurance vie.

Une foncière agricole, ce n'est pas une petite capitalisation risquée ?

Ce sont effectivement des sociétés de taille modeste, avec une liquidité boursière correcte mais pas celle des grandes foncières. C'est une raison de plus pour les considérer comme une ligne de diversification, pas comme le cœur d'un portefeuille.

Le site va-t-il analyser ces foncières en détail ?

Ce site compare les familles de solutions ; l'analyse titre par titre des foncières cotées est le domaine de reitdividend.com, du même réseau. Cet article s'arrête à la logique du choix.

En résumé

Les terres agricoles sont un excellent actif, et un mauvais placement en direct pour un investisseur français non exploitant : le fermage, la SAFER et la fiscalité sont conçus pour l'agriculteur, pas pour lui. Les foncières cotées américaines rendent cet actif accessible, liquide et géré, au prix d'une volatilité boursière et d'un choix de gestionnaire qui compte. J'ai choisi la gestion interne ; d'autres choisiront l'opérateur qu'ils jugent le meilleur sur le terrain. Ce qui compte, c'est de savoir qu'on n'est pas obligé de choisir entre « acheter un champ » et « ne rien faire ».

Pour situer cet actif dans un patrimoine, notre comparateur met les foncières cotées face aux autres solutions, et la fiche foncières cotées explique le véhicule. Pour un arbitrage entre foncier rural en direct, GFA ou foncières cotées, un rendez-vous avec le cabinet permet d'intégrer la question de la transmission, que les foncières ne traitent pas.

Cet article développe trois vidéos publiées en 2024-2025 (« Pourquoi j'investis en foncières cotées de terres agricoles », « Farmland Partners vs Gladstone Land » et « Cette foncière agricole m'a surpris »). Sources : Code rural et de la pêche maritime (statut du fermage, art. L. 411-1 et suivants ; L. 415-3) ; arrêté ministériel fixant l'indice national des fermages 2025 ; Code général des impôts, art. 1394 B bis (loi n° 2025-127 du 14 février 2025 de finances pour 2025, art. 66) ; Gladstone Land Corporation, rapports annuels déposés auprès de la SEC (structure de rémunération du gestionnaire externe) ; Farmland Partners Inc., rapports annuels (société gérée en interne). Les chiffres opérationnels cités (taux d'occupation, dividendes, détention du management) sont ceux observés au moment des vidéos et ont pu évoluer. Avis personnel, pas un conseil en investissement ; ces titres comportent un risque de perte en capital et un risque de change.

Auteur

Conseiller en gestion de patrimoine

Conseiller en gestion de patrimoine chez EXP Capital, Alexandre accompagne depuis 5 ans des particuliers, chefs d'entreprise et expatriés sur la sélection d'actifs immobiliers passifs — foncières cotées, SCPI, LMNP géré. Sa conviction : n'investir que dans des actifs qui produisent quelque chose.

EXP Capital — ORIAS n° 25005915. Parcours et méthode →