SCPI Primovie : Analyse de la Suspension et du Marché Secondaire 2026
Lancée en 2012, Primovie réunit 297 actifs de santé et d'éducation et plus de 50 000 associés. Depuis le 23 juin 2026, les retraits sont suspendus et les parts s'échangent sur un marché secondaire : à la première confrontation, 1 433 parts ont changé de main à 50 €, contre un dernier prix de souscription de 164 €. Voici les faits publiés, à qui cette situation peut convenir et à qui elle ne convient pas.
Par Alexandre Pollet, conseiller en gestion de patrimoineMis à jour le 5 octobre 2026 11 min de lecture
Sommaire
Primovie est la SCPI de santé et d'éducation de Praemia REIM France : 297 actifs en Europe, 50 162 associés et 3,2 Md€ de capitalisation, calculée sur la valeur de réalisation, au 30 juin 2026. Créée le 19 juillet 2012 (visa AMF n° 12-19), elle a reçu 840 M€ de capitaux en 2021 et 723 M€ en 2022, puis plus aucun en 2024 et en 2025. Depuis l'assemblée générale du 23 juin 2026, la variabilité de son capital est suspendue : on ne peut plus ni souscrire ni demander un retrait, et les parts s'échangent sur un marché secondaire.
Cette analyse s'appuie sur le rapport annuel 2025, le bulletin trimestriel du 2e trimestre 2026, le document d'informations clés du 1er août 2026 et la page « marché des parts » de praemiareim.fr, mise à jour le 3 octobre 2026. Elle rapporte les faits publiés par la société de gestion ; elle sera à revoir après chaque confrontation mensuelle.
I. La promesse historique : l'immobilier de santé et d'éducation à grande échelle
1. Un patrimoine de 297 actifs, à 79 % en santé
Au 30 juin 2026, le patrimoine se répartit entre santé et seniors (78,7 %), bureaux (16,1 %), éducation (4,0 %) et hôtellerie (1,2 %). Il est situé en France pour près des deux tiers (36,9 % en régions, 23,5 % en Île-de-France hors Paris, 4,7 % à Paris), en Allemagne (18,9 %), en Italie (13,2 %) et en Espagne (2,0 %).
2. Des baux longs et un patrimoine loué
La durée ferme moyenne des baux est de 9,64 ans. Le taux d'occupation financier est de 94,6 %, dont 91,7 % de locaux effectivement occupés ; d'après le rapport annuel, la vacance porte surtout sur les bureaux. Le taux de recouvrement des loyers du trimestre est de 98 %.
3. Une distribution en baisse lente
Le taux de distribution est passé de 4,60 % en 2021 à 4,50 % en 2022, 4,21 % en 2023, 4,20 % en 2024 et 4,04 % en 2025 (7,48 € brut par part), contre 4,91 % pour la moyenne du marché en 2025 (ASPIM/IEIF). Le résultat 2025 est de 7,34 € par part pour 7,00 € distribués hors fiscalité payée par le fonds, et le report à nouveau de 1,46 € par part.
II. La situation actuelle : variabilité suspendue et marché secondaire
1. Deux baisses de prix, puis une file d'attente
Le prix de souscription, fixé à 203 € depuis 2017, a été ramené à 185 € le 13 février 2024, puis à 164 € le 21 janvier 2025 (valeur de retrait : 149,24 €). Les demandes de retrait n'ont plus trouvé de souscriptions en face : 930 243 parts en attente fin 2024, 1 355 899 fin 2025 (5,28 % des parts, avec un mode de comptage élargi en 2025) et 1 438 276 au 31 mars 2026, pour 111 parts souscrites sur le trimestre.
2. Un fonds de remboursement, vite insuffisant
L'assemblée générale du 26 juin 2025 a créé un fonds de remboursement, doté de 15 M€ fin 2025. Au 30 juin 2026, il avait servi 93 031 parts, dans la limite de 300 parts par associé et par an, et sa dotation était utilisée à 75 %. La société de gestion écrit dans le rapport annuel que l'alimenter à hauteur des demandes aurait exigé des ventes d'immeubles très importantes, au détriment de la valeur des parts.
3. La suspension votée le 23 juin 2026
L'assemblée a donc approuvé la suspension temporaire de la variabilité du capital. Ses effets : les souscriptions et les retraits sont interrompus, les demandes de retrait inscrites au registre sont annulées, le fonds de remboursement est clos et un marché secondaire est ouvert. D'après le rapport annuel, la suspension est prévue pour deux exercices au plus, sauf renouvellement, et la société de gestion peut rétablir la variabilité si, lors de quatre confrontations mensuelles consécutives, le prix d'exécution revient dans les limites légales ; elle y est tenue après huit.
4. Le fonctionnement du marché secondaire
Les ordres d'achat et de vente sont confrontés une fois par mois, le dernier jeudi à 16 heures. Le prix d'exécution est celui qui permet d'échanger le plus grand nombre de parts. Chaque associé doit déposer lui-même un ordre de vente, valable un an, en fixant son prix : l'ancien registre des retraits n'est pas repris. L'acquéreur paie en plus une commission de 4,8 % TTC et les droits d'enregistrement. Le document d'informations clés du 1er août 2026 classe le produit au niveau de risque 4 sur 7 et précise que la sortie dépend du marché secondaire. Le mécanisme général est décrit dans notre guide revendre ses parts de SCPI.
5. Un plan : vendre les bureaux, réduire la dette
La société de gestion présente la suspension comme le moyen de céder les bureaux « dans les meilleures conditions possibles », sans vente forcée, et de recentrer la SCPI sur la santé. En 2025, quatre actifs ont été vendus pour 70,8 M€ ; aucune acquisition n'a été faite en 2025 ni au deuxième trimestre 2026.
III. Points de vigilance
1. Un premier prix d'exécution à 50 €
À la première confrontation, le 24 septembre 2026, le prix d'exécution s'est établi à 50,00 € par part net vendeur, soit 54,90 € frais inclus pour l'acquéreur. C'est 59,6 % de moins que la valeur de réalisation au 30 juin 2026 (123,76 €) et 66,5 % de moins que la dernière valeur de retrait (149,24 €). Un associé entré à 203 € retrouverait, à ce prix, environ le quart de sa mise, hors dividendes perçus.
2. Des volumes infimes
1 433 parts ont été échangées, sur 25,6 millions de parts existantes et alors que 1,44 million étaient en attente de retrait au 31 mars 2026. Ce prix est donc celui d'un marché très étroit, pas celui auquel l'ensemble des vendeurs pourrait sortir. Le nombre total de parts inscrites à la vente n'est pas publié ; le carnet affichait, le 3 octobre, une offre d'achat de 363 parts à 55,00 € frais inclus et des ordres de vente à partir de 50,00 €. La prochaine confrontation est fixée au 29 octobre 2026.
3. Des valeurs d'expertise encore en baisse
Les expertises ont reculé de 2,70 % au premier semestre 2026 et de 5,6 % sur un an : −2,2 % pour la santé, −5,2 % pour les bureaux sur le semestre. La valeur de réalisation est passée de 129,10 € fin 2025 à 123,76 € par part.
4. Une dette de 30 %, qui amplifie les variations
Le ratio dettes et autres engagements est de 30,1 % au 30 juin 2026, pour un plafond statutaire de 40 %. Avec ce levier, la baisse de 2,70 % de la valeur des immeubles s'est accompagnée d'une baisse de 4,1 % de la valeur de réalisation par part. La réduction de l'endettement est l'un des deux objectifs du plan de cessions.
5. Deux exploitants pour un quart des loyers
Colisée représente 14,2 % des loyers annuels et Clariane 12,2 %. La société de gestion indique avoir conclu en juillet 2026 des négociations avec Clariane portant sur 19 actifs ; leurs termes ne sont pas publiés dans le bulletin.
6. Une décote à corriger des frais et de l'incertitude
L'acquéreur paie 9,8 % de frais en plus du prix net vendeur. L'acompte est de 1,70 € par part pour chacun des deux premiers trimestres de 2026 ; s'il était maintenu, ce qui n'est pas garanti, cela ferait 6,80 € par an, soit 12,4 % du prix acquéreur de septembre. Ce calcul ne dit rien de l'évolution des valeurs, ni du prix auquel l'acheteur pourra lui-même revendre.
IV. Analyse de Résilience — "Équation Immobilier Passif"
Pour évaluer la solidité à long terme, nous appliquons notre formule de résilience qui met en balance les forces motrices et les facteurs de vulnérabilité :
Pérennité = (Confiance des Épargnants × Qualité de la Gestion) / (Structure des Frais + Niveau d'Endettement)
- Confiance des épargnants (1/5) : variabilité du capital suspendue, 1,44 million de parts en attente de retrait avant la suspension, et un premier prix d'exécution inférieur de 59,6 % à la valeur de réalisation, sur 1 433 parts.
- Qualité de la gestion (3/5) : un patrimoine loué à 94,6 %, des baux de 9,64 ans, un résultat 2025 qui couvre la distribution et un report à nouveau d'environ 76 jours. En regard, deux baisses de prix en deux ans, des valeurs toujours en recul et un plan de cession des bureaux qui reste à exécuter.
- Structure des frais (3/5) : commission de gestion de 10 % HT au plus des loyers encaissés ; sur le marché secondaire, 4,8 % TTC de commission et les droits d'enregistrement à la charge de l'acquéreur.
- Niveau d'endettement (2,5/5) : 30,1 % au 30 juin 2026 pour un plafond de 40 %, avec un effet de levier de 1,5 : une marge réduite si les valeurs continuent de baisser.
- Note globale de résilience (2/5) : l'exploitation tient, la liquidité ne tient plus. La note reflète l'écart entre un patrimoine largement loué et un marché des parts où presque rien ne s'échange. Elle sera revue au fil des confrontations.
Sur le marché coté, la décote se forme chaque jour et à grand volume : l'ETF iShares European Property Yield, qui réunit 59 foncières européennes, affiche un cours égal à 0,80 fois la valeur comptable de ses sociétés, après −37,81 % en 2022. Le premier prix d'exécution de Primovie représente 0,40 fois sa valeur de réalisation, mais sur 1 433 parts. C'est la différence entre un prix de marché et un prix de carnet d'ordres, que développe notre comparatif SCPI ou foncières cotées. Pour un cas voisin, voir notre fiche Perial O2 ; pour une autre SCPI de santé, Pierval Santé ; pour les indicateurs à suivre, les 8 signaux d'alerte d'un bulletin trimestriel.
Foire aux questions
Pourquoi Primovie a-t-elle suspendu la variabilité de son capital ?
Parce que les demandes de retrait dépassaient durablement les souscriptions : 1,44 million de parts en attente au 31 mars 2026. La société de gestion a préféré un marché secondaire à des ventes d'immeubles forcées pour alimenter le fonds de remboursement.
À quel prix s'échangent les parts de Primovie ?
À la première confrontation du 24 septembre 2026, 50,00 € net vendeur et 54,90 € frais inclus pour l'acquéreur, pour 1 433 parts. Le prix est refixé chaque mois ; la prochaine confrontation est le 29 octobre 2026.
Peut-on encore souscrire à Primovie ?
Non. Depuis le 23 juin 2026, il n'y a plus de prix de souscription. On ne peut acheter des parts que sur le marché secondaire, par un ordre d'achat adressé à la société de gestion.
Les dividendes sont-ils toujours versés ?
Oui. L'acompte a été de 1,70 € par part au premier et au deuxième trimestre 2026. La société de gestion précise qu'il peut varier d'un trimestre à l'autre.
La décote est-elle une opportunité ?
Elle est réelle, mais elle porte sur de très petits volumes, sur un patrimoine dont les valeurs baissent encore, et elle est réduite de 9,8 % de frais d'acquisition. Rien ne garantit qu'un acheteur pourra revendre à un prix supérieur.
Quand la variabilité sera-t-elle rétablie ?
La suspension est prévue pour deux exercices au plus, sauf renouvellement. Le rétablissement suppose que le prix d'exécution revienne dans les limites légales pendant plusieurs confrontations consécutives.
V. Conclusion Immobilier Passif
Primovie montre ce qui sépare la valeur d'un patrimoine de la liquidité de ses parts. Les immeubles sont loués à près de 95 %, les baux courent sur plus de neuf ans et le résultat couvre la distribution ; mais quand les retraits ont dépassé la collecte, il a fallu deux baisses de prix, un fonds de remboursement, puis la suspension.
Le point que nous jugeons le plus important à comprendre avant toute décision est la portée du prix de 50 €. Il a été fixé par la rencontre de quelques ordres, pour 1 433 parts : il ne mesure ni la valeur des immeubles, expertisés à 123,76 € par part nets de dette, ni le prix auquel un associé qui détient beaucoup de parts pourrait vendre. La société de gestion annonce des cessions de bureaux et un désendettement ; leur effet se lira dans les prochains bulletins et dans les prix mensuels. Elle figure dans notre comparatif des SCPI par thématique.
Cette situation peut convenir à un associé déjà présent qui n'a pas besoin de son capital, continue de percevoir ses acomptes et préfère attendre plutôt que vendre à ce prix ; ou à un acheteur averti, à horizon très long, qui comprend le marché secondaire et accepte de ne pas pouvoir revendre. Elle ne convient pas à celui qui a besoin de liquidité à court ou moyen terme, ni à celui qui cherche une première SCPI : ici, le prix d'entrée, le prix de sortie et le délai de vente sont tous trois incertains.
Avertissement
L'investissement en SCPI est un placement long terme (10 ans minimum recommandé par Praemia REIM France) et comporte un risque de perte en capital. La société de gestion ne garantit ni la revente des parts, ni leur prix, ni le rendement. Les parts de Primovie s'échangent actuellement sur un marché secondaire, à un prix fixé par l'offre et la demande. Les performances passées ne préjugent en rien des performances futures. Ce contenu est informatif et ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé.
Auteur
Conseiller en gestion de patrimoine
Conseiller en gestion de patrimoine chez EXP Capital, Alexandre accompagne depuis 5 ans des particuliers, chefs d'entreprise et expatriés sur la sélection d'actifs immobiliers passifs — foncières cotées, SCPI, LMNP géré. Sa conviction : n'investir que dans des actifs qui produisent quelque chose.
EXP Capital — ORIAS n° 25005915. Parcours et méthode →
