PEA : les trois prélèvements qui restent après cinq ans, et les 26,3 % que j'ai perdus sur un dividende
Le PEA a une réputation de coffre-fort fiscal. Je l'ai découvert à mes dépens sur trois lignes d'actions étrangères dont les dividendes n'arrivaient jamais entiers, et sur un relevé de sortie que je n'avais pas anticipé.
Par Alexandre Pollet, conseiller en gestion de patrimoineMis à jour le 24 septembre 2026 7 min de lecture
Sommaire
L'essentiel. J'avais mis une belle foncière européenne dans mon PEA en pensant être exonéré. Le premier dividende est arrivé amputé de 26,3 %, sans recours. Le PEA exonère d'impôt sur le revenu après cinq ans, mais trois prélèvements restent : la taxe sur les transactions financières, 0,4 % à chaque achat d'action française de plus d'un milliard d'euros de capitalisation depuis le 1ᵉʳ avril 2025, 121 sociétés concernées en 2026 ; la retenue à la source sur les dividendes étrangers, de 15 % à 35 % selon le pays, définitivement perdue dans un PEA ; et les prélèvements sociaux à la sortie, 17,2 % sur les gains constatés jusqu'en 2025, 18,6 % sur ceux réalisés à partir du 1ᵉʳ janvier 2026. Le PEA reste une bonne enveloppe ; mal utilisé, il peut faire perdre plus qu'il ne fait gagner.
Le PEA a une réputation de coffre-fort fiscal : cinq ans de patience, et plus d'impôt. C'est vrai pour l'impôt sur le revenu, et faux pour tout le reste. Je l'ai découvert à mes dépens, sur trois lignes d'actions étrangères, STMicroelectronics, Vonovia et ArcelorMittal, dont les dividendes n'arrivaient jamais entiers, et sur un relevé de sortie où les prélèvements sociaux occupaient une ligne que je n'avais pas anticipée. Cet article recense les trois prélèvements que le PEA n'efface pas, avec les taux de 2026.
Prélèvement n° 1 : la taxe sur les transactions financières
Chaque achat d'une action d'une société française dont la capitalisation boursière dépasse un milliard d'euros supporte une taxe sur le prix d'acquisition, portée de 0,3 % à 0,4 % par l'article 98 de la loi de finances pour 2025 pour les acquisitions réalisées à compter du 1ᵉʳ avril 2025. La liste des sociétés concernées est fixée chaque année sur la base de la capitalisation au 1ᵉʳ décembre précédent ; elle compte 121 sociétés en 2026, c'est-à-dire l'essentiel des grandes valeurs françaises, celles-là mêmes qu'on loge naturellement dans un PEA. La taxe ne s'applique pas à la vente, et elle s'applique de la même façon sur un compte-titres : ce n'est pas un défaut propre au PEA, c'est un coût invisible que le PEA ne supprime pas. Sur un investisseur qui achète tous les mois, 0,4 % à chaque ordre finit par compter.
Prélèvement n° 2 : la retenue à la source sur les dividendes étrangers
C'est celui qui m'a le plus coûté. Le PEA accepte les actions de sociétés ayant leur siège dans l'Union européenne ou l'Espace économique européen, et beaucoup de ces sociétés ne sont pas françaises : STMicroelectronics et Airbus sont néerlandaises, ArcelorMittal luxembourgeoise, Vonovia allemande. Leur pays d'origine prélève une retenue à la source sur les dividendes, à son propre taux : 26,375 % en Allemagne, 30 % en Belgique, 19 % en Espagne, 26 % en Italie, 28 % au Portugal, 25 % en Irlande, 15 % aux Pays-Bas et au Luxembourg. Sur un compte-titres, la France accorde un crédit d'impôt qui neutralise cette retenue jusqu'au taux conventionnel, généralement 15 %. Dans un PEA, aucun crédit d'impôt n'est possible, parce que les dividendes n'y sont pas imposés en France : la retenue est perdue, intégralement, pour toujours. Ma foncière allemande m'a ainsi coûté 26,3 % de chacun de ses dividendes. J'explique la mécanique complète, pays par pays, dans dividendes étrangers taxés deux fois.
| Pays du siège | Retenue à la source usuelle | En PEA | Sur compte-titres |
|---|---|---|---|
| Allemagne | 26,375 % | Perdue | 15 % récupérés par crédit d'impôt, le reste perdu sauf réclamation |
| Belgique | 30 % | Perdue | Idem |
| Italie | 26 % | Perdue | Idem |
| Espagne | 19 % | Perdue | Idem |
| Pays-Bas, Luxembourg | 15 % | Perdue | Entièrement neutralisée |
| France | 0 % | Rien à perdre | Rien à perdre |
Les taux de droit interne sont ceux couramment observés à la rédaction et changent ; la notice du formulaire 2047 donne les taux de crédit d'impôt applicables sur compte-titres. Il n'y a pas d'actions suisses en PEA, la Suisse n'étant pas dans l'Espace économique européen, ce qui évite au moins la retenue de 35 %.
Prélèvement n° 3 : les prélèvements sociaux à la sortie
Après cinq ans, les gains d'un PEA sont exonérés d'impôt sur le revenu ; ils restent soumis aux prélèvements sociaux, prélevés au moment du retrait. Ce taux était de 1,1 % en 1991, à la création de la CSG ; il est de 17,2 % pour les gains constatés jusqu'au 31 décembre 2025 et de 18,6 % pour ceux réalisés à compter du 1ᵉʳ janvier 2026, depuis que la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 a relevé la CSG sur les revenus du capital. Sur un PEA ouvert depuis longtemps, le calcul se fait par période, en appliquant à chaque fraction de gain le taux en vigueur quand elle a été acquise. Un gain de 100 000 € réalisé depuis 2026 laisse donc 81 400 € nets, avant même de parler de ce que les deux premiers prélèvements ont déjà pris en chemin.
- Ce que le PEA ne supprime pas : la taxe sur les transactions financières à l'achat, la retenue à la source étrangère sur les dividendes, les prélèvements sociaux à la sortie.
- Ce que le PEA supprime vraiment : l'impôt sur le revenu sur les dividendes français et sur les plus-values, après cinq ans, soit 12,8 % au PFU. C'est réel, et c'est ce qui fait sa valeur pour des actions françaises conservées longtemps.
Comment je m'en sers depuis
Mon PEA ne contient plus que des actions françaises et des sociétés de pays sans retenue à la source ou à retenue neutralisable, et je ne l'alimente plus depuis plusieurs années, pour les raisons que je détaille dans pourquoi je préfère le compte-titres au PEA. Les foncières européennes à forte retenue, allemandes ou belges, sont sur compte-titres, où le crédit d'impôt fonctionne. Et je vérifie, avant chaque achat en PEA, le pays du siège de la société, pas son marché de cotation : STMicroelectronics cote à Paris et retient aux Pays-Bas.
Foire aux questions
La taxe sur les transactions financières concerne-t-elle les ETF ?
Pas à l'achat de l'ETF lui-même, en général ; l'ETF supporte la taxe quand il achète les titres sous-jacents, ce qui se retrouve dans ses frais.
Peut-on récupérer la retenue à la source d'un PEA en réclamant à l'étranger ?
En théorie, une procédure existe auprès de certains pays pour obtenir le taux conventionnel. En pratique, elle est longue, coûteuse et rarement rentable pour un particulier. Le plus simple est de ne pas loger ces titres en PEA.
Le taux de 18,6 % s'applique-t-il à tous mes gains de PEA ?
Non : aux gains constatés depuis le 1ᵉʳ janvier 2026. Les gains antérieurs restent à 17,2 %, et les plus anciens à des taux historiques inférieurs, selon les dates. L'établissement teneur du compte fait ce calcul.
L'assurance vie subit-elle la même hausse ?
Non : les produits d'assurance vie ont été explicitement exclus de la hausse de la CSG par la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 et restent à 17,2 %, comme les revenus fonciers.
Le PEA reste-t-il intéressant malgré ces trois prélèvements ?
Oui, pour des actions françaises conservées plus de cinq ans : l'économie de 12,8 % d'impôt sur le revenu dépasse largement 0,4 % de taxe à l'achat. Il devient discutable dès qu'on y met des titres étrangers à forte retenue.
En résumé
Le PEA n'exonère que de l'impôt sur le revenu. La taxe sur les transactions financières, la retenue à la source étrangère et les prélèvements sociaux restent, et le deuxième peut coûter plus du quart des dividendes sans aucun recours. J'ai perdu 26,3 % d'un dividende pour l'apprendre ; c'est moins cher qu'une année entière de mauvaise allocation. Ce qui coûte cher, c'est de croire qu'une enveloppe exonère de tout.
Pour aller plus loin : la double imposition des dividendes étrangers, compte-titres ou PEA, et un rendez-vous avec le cabinet pour trier ce qui doit rester dans votre PEA et ce qui devrait en sortir.
Cet article développe quatre posts publiés sur LinkedIn entre octobre 2022 et septembre 2023 (« Le piège des actions étrangères dans un PEA », « Le PEA m'a coûté cher sur ces 3 actions », « PEA : je croyais être exonéré… », « PEA : ce piège fiscal dont presque personne ne parle »), mis à jour avec les taux de 2026. Sources : Code général des impôts, art. 235 ter ZD (taxe sur les transactions financières) et loi n° 2025-127 du 14 février 2025 de finances pour 2025, art. 98 (taux de 0,4 % à compter du 1ᵉʳ avril 2025) ; liste des sociétés assujetties publiée pour 2026 (121 sociétés, capitalisation appréciée au 1ᵉʳ décembre 2025) ; BOFiP, BOI-RPPM-RCM-40-50-30 (crédits d'impôt conventionnels et PEA) ; loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 de financement de la sécurité sociale pour 2026, art. 12 (CSG portée à 10,6 % sur les revenus du capital, assurance vie et revenus fonciers exclus). Avis personnel, pas un conseil fiscal.
Auteur
Conseiller en gestion de patrimoine
Conseiller en gestion de patrimoine chez EXP Capital, Alexandre accompagne depuis 5 ans des particuliers, chefs d'entreprise et expatriés sur la sélection d'actifs immobiliers passifs — foncières cotées, SCPI, LMNP géré. Sa conviction : n'investir que dans des actifs qui produisent quelque chose.
EXP Capital — ORIAS n° 25005915. Parcours et méthode →
