Avis personnel

Compte-titres ou PEA : pourquoi j'ai cessé d'alimenter mon PEA

J'ai idéalisé le PEA pendant des années. Puis j'ai regardé ce qu'il faisait pour mon cas précis, un investisseur en foncières cotées mondiales qui pense aussi à la transmission, et j'ai constaté qu'il m'était moins utile que le compte-titres.

Par Alexandre Pollet, conseiller en gestion de patrimoineMis à jour le 24 septembre 2026 7 min de lecture

Sommaire
  1. 1.Raison n° 1 : la transmission favorise le compte-titres
  2. 2.Raison n° 2 : la flexibilité
  3. 3.Raison n° 3 : ni plafond ni contrainte de retrait
  4. 4.Ce que le PEA fait mieux, et pour qui
  5. 5.Ce que je fais
  6. 6.Foire aux questions
  7. 7.En résumé

L'essentiel. Le PEA est présenté comme l'enveloppe imbattable : pas d'impôt sur le revenu après cinq ans. J'ai cessé de l'alimenter il y a plusieurs années, au profit du compte-titres ordinaire, pour trois raisons. En transmission, le compte-titres permet deux choses que le PEA ne permet pas : la plus-value latente est effacée au décès (les héritiers reçoivent les titres à leur valeur du jour) et les titres peuvent être donnés, y compris en nue-propriété. En flexibilité, le compte-titres donne accès aux actions du monde entier et aux foncières cotées, exclues du PEA. En contraintes, il n'a ni plafond de versement ni clôture en cas de retrait. Le PEA reste excellent pour des actions françaises conservées longtemps ; il est souvent moins optimal qu'on ne le croit pour tout le reste.

J'ai idéalisé le PEA pendant des années, comme à peu près tout le monde. Puis j'ai regardé de près ce qu'il faisait pour mon cas précis, un investisseur en foncières cotées mondiales qui pense aussi à la transmission, et j'ai constaté qu'il m'était moins utile que le compte-titres ordinaire. Cet article explique pourquoi, sans prétendre que la conclusion vaut pour tout le monde : elle vaut pour un profil, que je décris.

Raison n° 1 : la transmission favorise le compte-titres

C'est le point le moins connu, et le plus important pour quelqu'un qui construit un patrimoine sur trente ans. Au décès du titulaire, un PEA est clôturé : les gains sont exonérés d'impôt sur le revenu mais les prélèvements sociaux sont dus, et les titres ou liquidités entrent dans la succession. Un compte-titres, lui, transmet ses titres aux héritiers avec, pour prix de revient fiscal, leur valeur au jour du décès : la plus-value latente accumulée du vivant du titulaire est effacée, sans impôt sur le revenu ni prélèvements sociaux sur cette plus-value, seuls les droits de succession s'appliquant sur la valeur transmise. Pour des foncières détenues vingt ans avec une forte plus-value latente, la différence est considérable.

Deuxième outil réservé au compte-titres : la donation. On peut donner des titres de son vivant, avec les abattements de droit commun, et même donner la nue-propriété en conservant l'usufruit, donc les dividendes ; la plus-value latente est également purgée par la donation. Un PEA ne se donne pas, ne se démembre pas, ne se transmet pas ouvert. « Il n'y a pas mieux que le PEA pour éviter les impôts » est donc vrai pendant la vie du titulaire et faux au moment de transmettre.

Raison n° 2 : la flexibilité

Je n'investis presque que dans des actions, pas dans les fonds obligataires, les produits structurés ou le private equity qui sont de toute façon peu adaptés au PEA. Et pourtant le PEA me limite : il n'accepte que les actions de sociétés ayant leur siège dans l'Union européenne ou l'Espace économique européen, et exclut les foncières cotées sous statut SIIC ou REIT depuis 2011. Or c'est là que je veux être : les foncières cotées ont délivré environ 12,6 % par an depuis 1972 selon les séries de l'association américaine des REITs, mieux que le S&P 500 sur la même période. Un investisseur dont la conviction centrale est exclue de l'enveloppe n'a pas besoin de l'enveloppe. Ma stratégie internationale et mes foncières triple net vivent sur compte-titres, ou nulle part.

Raison n° 3 : ni plafond ni contrainte de retrait

Le PEA est plafonné à 150 000 € de versements, et un retrait avant cinq ans entraîne sa clôture, sauf cas particuliers. Le compte-titres n'a ni plafond ni contrainte : on y verse ce qu'on veut, on retire ce qu'on veut. Et surtout, les dividendes étrangers qu'on y encaisse ouvrent droit au crédit d'impôt conventionnel, alors qu'en PEA la retenue à la source est définitivement perdue, comme je l'explique dans dividendes étrangers taxés deux fois et dans les trois prélèvements qui restent après cinq ans.

Ce que le PEA fait mieux, et pour qui

CritèrePEACompte-titres ordinaireAvantage
Impôt sur les dividendes et plus-values du vivantExonération d'IR après 5 ans, prélèvements sociaux dus à la sortiePFU 31,4 % en 2026, chaque année sur les dividendes, à la vente sur les plus-valuesPEA, nettement, pour des titres français conservés
Dividendes étrangersRetenue à la source perdueCrédit d'impôt jusqu'au taux conventionnelCompte-titres
UniversActions UE/EEE, hors SIIC et REITsToutCompte-titres
Plafond et retraits150 000 € de versements ; retrait avant 5 ans = clôtureAucunCompte-titres
DécèsClôture, PS sur les gains, entrée dans la successionPlus-value latente purgée, titres transmis à leur valeur du jourCompte-titres
DonationImpossiblePossible, y compris en nue-propriété, plus-value purgéeCompte-titres
Taxe sur les transactions financièresDue sur les grandes capitalisations françaisesDue aussiÉgalité

La première ligne est celle qui fait la réputation du PEA, et elle est méritée : pour quelqu'un qui achète des actions françaises ou européennes sans retenue à la source, les garde plus de cinq ans et n'a pas de sujet de transmission, le PEA est imbattable, et je continue d'en détenir un pour cet usage. Pour quelqu'un qui investit en foncières cotées mondiales, encaisse des dividendes étrangers et pense à transmettre, les six lignes suivantes pèsent plus lourd.

Ce que je fais

Mon PEA existe toujours, avec quelques foncières européennes hors statut REIT et des actions françaises ; je ne l'alimente plus depuis plus d'un an au moment où j'écrivais ces posts, et cela n'a pas changé. Le compte-titres reçoit tout le reste : les SIIC françaises, les REITs américains et asiatiques, les foncières triple net, en versements programmés. Et je garde en tête, pour plus tard, les deux outils de transmission que seul le compte-titres offre. C'est cette combinaison que je décris dans les enveloppes que j'utilise pour mes foncières cotées.

Foire aux questions

La plus-value latente est-elle vraiment effacée au décès sur un compte-titres ?

Oui : les héritiers reçoivent les titres avec un prix de revient égal à leur valeur au jour du décès, et ne paient l'impôt sur le revenu que sur la plus-value réalisée ensuite, depuis cette valeur. Les droits de succession, eux, s'appliquent sur la valeur transmise, comme pour tout actif.

Et la donation de titres, comment est-elle imposée ?

Aux droits de donation, après les abattements de droit commun (100 000 € par parent et par enfant tous les quinze ans), sur la valeur des titres donnés ; en nue-propriété, sur une fraction de cette valeur selon l'âge de l'usufruitier. La plus-value latente est purgée pour le donataire.

Le PEA n'est-il pas plus intéressant pour un jeune qui débute ?

Souvent, oui : petit capital, actions européennes, horizon long, pas de sujet de transmission. Le compte-titres devient plus intéressant à mesure que le patrimoine, l'univers d'investissement et les questions de succession grandissent.

Faut-il fermer son PEA ?

Non, surtout après cinq ans : son antériorité fiscale est acquise et se garde. Ne plus l'alimenter et ouvrir un compte-titres à côté n'a aucun coût.

Le PEA-PME change-t-il quelque chose ?

Il ajoute un plafond de versements pour des petites et moyennes valeurs européennes, avec les mêmes règles ; il ne règle ni la question des dividendes étrangers, ni celle des foncières, ni celle de la transmission.

En résumé

Le PEA gagne sur l'impôt du vivant pour des titres européens conservés ; le compte-titres gagne sur la transmission, l'univers, les dividendes étrangers et la liberté. Pour un investisseur en foncières cotées mondiales qui pense à ses héritiers, la balance penche vers le compte-titres, et c'est pour cela que j'ai cessé d'alimenter mon PEA. Ce qui coûte cher, c'est d'idéaliser une enveloppe au lieu de la mesurer sur son cas.

Pour aller plus loin : mon article sur la double imposition des dividendes étrangers, celui sur le régime SIIC qui explique l'exclusion du PEA, et un rendez-vous avec le cabinet pour organiser vos enveloppes en tenant compte de la transmission.

Cet article développe deux posts publiés sur LinkedIn (« Pourquoi je préfère le CTO au PEA », août 2022, et « 3 idées reçues sur le PEA », janvier 2023), mis à jour avec les règles de 2026. Sources : Code monétaire et financier, art. L. 221-30 à L. 221-32 (PEA : plafond, titres éligibles, clôture, décès) ; Code général des impôts, art. 150-0 D (prix de revient des titres reçus par succession ou donation), art. 779 (abattements de donation), art. 150-0 A (PFU) ; loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 (PFU à 31,4 % en 2026) ; Nareit, séries de performance depuis 1972. Avis personnel, pas un conseil fiscal ni un conseil en investissement.

Auteur

Conseiller en gestion de patrimoine

Conseiller en gestion de patrimoine chez EXP Capital, Alexandre accompagne depuis 5 ans des particuliers, chefs d'entreprise et expatriés sur la sélection d'actifs immobiliers passifs — foncières cotées, SCPI, LMNP géré. Sa conviction : n'investir que dans des actifs qui produisent quelque chose.

EXP Capital — ORIAS n° 25005915. Parcours et méthode →