Avis personnel

Pourquoi je n'investis pas dans le Bitcoin : un bon actif produit quelque chose

Un matin de 2021, une chronique radio vantait un placement « conçu pour monter » parce que son offre est limitée. J'ai écrit ce jour-là le post qui fonde cet article, et je n'ai pas changé d'avis depuis, malgré les hausses et les gens qui se sont enrichis.

Par Alexandre Pollet, conseiller en gestion de patrimoineMis à jour le 24 septembre 2026 7 min de lecture

Sommaire
  1. 1.Qu'est-ce qu'un actif productif ?
  2. 2.Pourquoi le Bitcoin n'en est pas un ?
  3. 3.Ce que le Bitcoin a en commun avec certains placements que je critique
  4. 4.Que faire de la volatilité, alors ?
  5. 5.Ce que je fais à la place
  6. 6.Foire aux questions
  7. 7.En résumé

L'essentiel. Mon prisme d'investisseur tient en une phrase : un bon actif produit quelque chose. Une entreprise produit des biens et des services, un immeuble produit des loyers, une terre agricole produit des récoltes, et leur valeur découle de ce qu'ils produisent. Le Bitcoin ne produit rien : son prix dépend uniquement de l'espoir qu'il monte, c'est-à-dire de la présence d'acheteurs suivants. Ce n'est pas une critique morale ni une prédiction de baisse ; c'est la raison pour laquelle je n'y mets pas d'argent, et pour laquelle ce site n'en fait pas une solution d'immobilier passif. La seule chose que le Bitcoin produit avec certitude, ce sont les commissions des intermédiaires qui le vendent.

Un matin, en 2021, je passe devant la radio. Une chronique vante le Bitcoin : un placement formidable, qui a doublé en moins d'un an, « conçu pour monter » parce que son offre est limitée, bientôt disponible dans un fonds en assurance vie, soutenu par un président américain qui a lancé sa propre cryptomonnaie. La seule différence avec les autres placements, conclut le chroniqueur, c'est la volatilité. Vraiment ? J'ai écrit ce jour-là le post qui fonde cet article, et je n'ai pas changé d'avis depuis, malgré les hausses, les baisses, et les gens qui se sont enrichis. Voici pourquoi.

Qu'est-ce qu'un actif productif ?

Une entreprise emploie des gens, fabrique des biens ou rend des services, encaisse un chiffre d'affaires et dégage un bénéfice qu'elle réinvestit ou distribue. Un immeuble abrite des locataires qui paient un loyer. Une terre agricole donne des récoltes, année après année. Dans les trois cas, l'actif capte une valeur créée par une activité réelle, et son prix, sur le long terme, suit cette valeur : on peut se tromper sur le multiple, pas sur l'existence du flux. C'est ce qui permet de valoriser un actif indépendamment de ce que les autres sont prêts à payer demain, et c'est le fondement de tout ce que ce site compare : foncières cotées, SCPI, terres agricoles.

Pourquoi le Bitcoin n'en est pas un ?

Le Bitcoin ne produit rien. Il n'emploie personne, ne loge personne, ne nourrit personne, ne verse ni loyer ni dividende ni intérêt. Sa valeur ne découle d'aucun flux ; elle découle uniquement de ce qu'un acheteur suivant acceptera de payer. Je cherche encore quelqu'un qui l'achète pour une autre raison que « parce que ça va monter ». On me répond souvent : l'or non plus ne produit rien. C'est vrai, et c'est pour cela que je ne détiens pas d'or non plus, comme je l'explique dans mes comparaisons entre terres agricoles et or. La différence entre un actif productif et un actif de croyance n'est pas la volatilité : c'est la présence ou l'absence d'une valeur intrinsèque calculable.

  • L'argument de la rareté : une offre limitée ne crée pas de valeur ; elle limite l'offre. Des milliers de choses rares ne valent rien. Ce qui donne de la valeur à une chose rare, c'est une demande fondée sur un usage, et l'usage principal du Bitcoin reste d'être revendu plus cher.
  • L'argument de la performance passée : doubler en un an est un fait, pas une propriété. Un actif sans flux peut doubler ou être divisé par deux sans que rien n'ait changé, précisément parce qu'il n'y a rien qui puisse changer.
  • L'argument de l'adoption : qu'un fonds crypto soit disponible en assurance vie ou qu'un dirigeant politique en fasse la promotion dit quelque chose de la mode, rien de la valeur. Les intermédiaires ont intérêt à ce qu'on achète ce qu'ils vendent ; c'est leur métier, pas une preuve.
  • Ce que je reconnais : la technologie est réelle, certains en ont tiré des gains considérables, et il est possible que le prix continue de monter longtemps. Je ne prédis rien ; je dis seulement que je ne sais pas valoriser ce qui ne produit rien, et que je n'investis pas dans ce que je ne sais pas valoriser.

Ce que le Bitcoin a en commun avec certains placements que je critique

Le point qui me frappe le plus, c'est que ce raisonnement s'applique aussi, à un degré bien moindre, à des placements très respectables. J'ai écrit ailleurs que les SCPI à capital variable ont, dans leur structure, une dépendance à la croyance des épargnants : leur liquidité repose sur l'arrivée de nouveaux entrants, comme je l'explique dans prix de part d'une SCPI. La différence fondamentale, et elle est décisive, c'est qu'une SCPI possède des immeubles qui produisent des loyers : si la confiance disparaît, il reste quelque chose à vendre. Si la confiance disparaît autour du Bitcoin, il ne reste rien. Entre les deux, je choisis sans hésiter la SCPI, même celles que je ne recommande pas.

Que faire de la volatilité, alors ?

Le chroniqueur avait raison sur un point : le Bitcoin est volatil. Mais j'ai expliqué dans volatilité et risque ne sont pas la même chose que la volatilité n'est pas le risque ; le risque est la perte définitive. Une foncière cotée qui perd 30 % en un an continue d'encaisser ses loyers, et sa valeur finira par les refléter. Un actif de croyance qui perd 30 % n'a aucun mécanisme de rappel : rien ne l'oblige à remonter, sinon le retour de la croyance. C'est pour cela que j'accepte la volatilité des foncières et refuse celle du Bitcoin : ce n'est pas la même volatilité.

Ce que je fais à la place

Ce qu'on me vante dans le BitcoinCe que je chercheOù je le trouve
Une protection contre l'inflationUn actif réel dont les revenus suivent les prixFoncières cotées, terres agricoles, avec les nuances données dans l'immobilier face à l'inflation
Une performance élevéeUne performance de long terme adossée à des fluxIndices de foncières cotées, environ 12 % par an sur cinquante ans selon Nareit, avec des baisses en chemin
Une raretéUne barrière à l'entrée réelleCasinos, tours télécom, terrains agricoles : voir les foncières triple net
Un actif hors système bancaireUn actif que je comprends et que je peux valoriserDes immeubles, des loyers, des comptes publiés

Foire aux questions

N'est-ce pas dogmatique de refuser une classe d'actifs entière ?

C'est un principe, pas un dogme : je n'investis que dans ce qui produit. Ce principe m'a aussi tenu à l'écart de l'or, des produits sans sous-jacent réel et de la plupart des modes. Il m'a coûté des hausses ; il m'a épargné des pertes définitives.

Et si le Bitcoin devient une monnaie ?

Une monnaie n'est pas un placement non plus : on ne s'enrichit pas en détenant des euros. Si le Bitcoin devenait une monnaie stable, il perdrait précisément ce qui attire ses acheteurs aujourd'hui, la hausse.

Une petite part pour « ne pas rater » ?

C'est l'argument de la peur de manquer, et il est à l'origine de la plupart des mauvaises décisions d'investissement. Une petite part d'un actif que je ne sais pas valoriser reste un pari, à la taille d'un pari ; je préfère ne pas en faire.

Les ETF Bitcoin en assurance vie changent-ils quelque chose ?

Ils changent l'enveloppe et les frais, pas la nature de l'actif. Un actif qui ne produit rien dans une enveloppe fiscale reste un actif qui ne produit rien.

Le site parlera-t-il un jour de cryptomonnaies ?

Ce site compare des solutions d'immobilier passif, c'est-à-dire des actifs qui produisent des loyers. Le Bitcoin n'en fait pas partie, et cet article explique pourquoi il n'y a pas d'exception prévue.

En résumé

Je n'investis pas dans le Bitcoin parce qu'il ne produit rien et que je ne sais pas valoriser ce qui ne produit rien. Il peut monter longtemps ; je ne le prédis ni ne le conteste. Ce qui coûte cher, ce n'est pas de rater une hausse : c'est de confondre un actif et un espoir.

Pour aller plus loin : notre page méthodologie, qui explique pourquoi seuls des actifs productifs entrent dans le comparateur, ma pyramide patrimoniale, où le sommet spéculatif est vide, et un rendez-vous avec le cabinet si vous voulez construire un patrimoine sur des actifs qui produisent.

Cet article développe deux posts publiés sur LinkedIn en septembre 2021 (« Bitcoin : un actif productif ou spéculatif ? » et « Bitcoin : actif productif ou simple espoir de hausse ? »). Il exprime une opinion personnelle sur une classe d'actifs et ne constitue pas un conseil en investissement, ni une prévision de cours. Source pour les performances de long terme des foncières cotées : Nareit, séries de l'indice FTSE Nareit All Equity REITs.

Auteur

Conseiller en gestion de patrimoine

Conseiller en gestion de patrimoine chez EXP Capital, Alexandre accompagne depuis 5 ans des particuliers, chefs d'entreprise et expatriés sur la sélection d'actifs immobiliers passifs — foncières cotées, SCPI, LMNP géré. Sa conviction : n'investir que dans des actifs qui produisent quelque chose.

EXP Capital — ORIAS n° 25005915. Parcours et méthode →