Avis personnel

PER : pourquoi je le conseille pour transmettre, pas pour préparer ma retraite

Le plan d'épargne retraite est le produit dont on me parle le plus et celui qu'on utilise le plus souvent à l'envers : acheté pour la déduction immédiate, oublié pour la réintégration, et ignoré pour ce qu'il fait de mieux, protéger une famille.

Par Alexandre Pollet, conseiller en gestion de patrimoineMis à jour le 24 septembre 2026 9 min de lecture

Sommaire
  1. 1.Pourquoi le PER n'est pas fait pour ma retraite ?
  2. 2.Ce qui change tout : le décès
  3. 3.Comment je m'en sers, concrètement
  4. 4.Les erreurs que je vois le plus souvent
  5. 5.Foire aux questions
  6. 6.En résumé

L'essentiel. Verser 10 000 € sur un PER avec une tranche marginale à 30 % économise 3 000 € d'impôt cette année, mais ces 10 000 € seront réintégrés dans le revenu imposable à la sortie, à la tranche de ce moment-là, potentiellement plus élevée. Pour ma propre retraite, je n'utilise donc pas le PER. Là où il devient un outil puissant, c'est en cas de décès : les versements déduits ne font l'objet d'aucune reprise, le capital transmis avant 70 ans relève de l'article 990 I du Code général des impôts avec un abattement de 152 500 € par bénéficiaire, et le conjoint ou le partenaire de PACS est exonéré de droits. Un PER assurantiel bien rédigé protège d'abord une famille ; c'est pour cela que je le conseille, pas pour préparer une retraite.

Le plan d'épargne retraite est probablement le produit dont on me parle le plus, et celui qu'on utilise le plus souvent à l'envers. On l'achète pour la déduction fiscale immédiate, on oublie la réintégration à la sortie, et on passe à côté de son véritable intérêt, qui n'a rien à voir avec la retraite. J'ai écrit deux posts sur ce point en 2022 ; cet article les développe avec les règles en vigueur en 2026, et avec l'exemple, anonymisé, qui m'a convaincu.

Pourquoi le PER n'est pas fait pour ma retraite ?

Le mécanisme est simple. Je verse 10 000 € en 2026 avec une tranche marginale d'imposition de 30 % : je déduis ces 10 000 € de mon revenu imposable, et j'économise 3 000 € d'impôt. À la retraite, quand je sortirai en capital, la part correspondant aux versements déduits sera imposée au barème progressif, dans la catégorie des pensions, et les gains au prélèvement forfaitaire unique. Si ma tranche est alors de 41 %, parce que mes revenus de capitalisation auront fait leur travail ou parce que le barème aura changé, j'aurai déduit à 30 % pour réintégrer à 41 % : une opération perdante, sur des sommes bloquées pendant vingt ou trente ans, hors cas de déblocage anticipé comme l'achat de la résidence principale. J'ai développé ce raisonnement dans pourquoi je n'investis pas pour défiscaliser.

Le PER reste excellent pour quelqu'un dont la tranche baissera certainement à la retraite, ce qui est le cas de beaucoup de salariés : déduire à 41 % et réintégrer à 30 % ou 11 % est une vraie économie. Mais ce n'est pas une règle générale, c'est une trajectoire personnelle. Le projet de remplacer l'abattement de 10 % sur les pensions par un forfait de 2 000 €, dans le budget 2026, aurait rendu la réintégration plus coûteuse pour les retraités les mieux dotés ; il a été rejeté par l'Assemblée nationale le 13 novembre 2025, par 213 voix contre 17. Mais la direction prise par les projets successifs, comme le rabot du LMNP, dit assez que la fiscalité de sortie d'un PER est un pari sur trente ans de lois de finances.

Ce qui change tout : le décès

Un PER assurantiel est un contrat d'assurance. En cas de décès du titulaire, le capital est versé aux bénéficiaires désignés, et c'est là que le produit révèle son vrai visage. Premier point, décisif : les versements qui ont été déduits du revenu imposable pendant la vie du titulaire ne font l'objet d'aucune reprise. L'avantage fiscal obtenu à l'entrée reste acquis ; personne ne réintègre rien. Deuxième point : si le décès survient avant 70 ans, le capital transmis relève de l'article 990 I du Code général des impôts, avec un abattement de 152 500 € par bénéficiaire, tous contrats confondus, puis un prélèvement de 20 % jusqu'à 700 000 € et de 31,25 % au-delà. Troisième point : le conjoint survivant et le partenaire de PACS sont totalement exonérés de droits, quel que soit le montant.

L'exemple qui m'a convaincu, dont je change les détails identifiants : un client, appelons-le M. H., voulait s'assurer que son épouse ne manque de rien s'il disparaissait. Il avait une tranche marginale de 30 % et une capacité d'épargne importante. En versant chaque année sur un PER assurantiel, il a déduit ses versements à 30 %, et, à son décès, son épouse a reçu le capital, environ 200 000 €, sans impôt sur le revenu, sans reprise de la déduction, et sans droits de succession entre époux. Le gain fiscal réel, à 30 % de tranche sur 200 000 € de versements déduits, était de l'ordre de 60 000 €, définitivement acquis. Si M. H. avait vécu jusqu'à sa retraite et sorti le capital, il aurait réintégré ces 200 000 € au barème.

  • PER pour transmettre : déduction acquise sans reprise, capital transmis sous le régime de l'article 990 I avant 70 ans, conjoint et partenaire de PACS exonérés. C'est un contrat de prévoyance fiscalement subventionné.
  • PER pour sa propre retraite : réintégration au barème à la tranche du moment, blocage jusqu'à la retraite, et une fiscalité de sortie qui dépend de trente ans de lois de finances.
  • Attention après 70 ans : le PER bascule sous l'article 757 B, comme une assurance vie alimentée après 70 ans, mais avec une différence importante : pour un PER, c'est en principe la totalité du capital, gains compris, qui entre dans l'assiette des droits de succession après l'abattement global de 30 500 €, et non les seules primes. Un PER n'est pas un outil de transmission pour quelqu'un qui décède après 70 ans avec un capital important : à vérifier avec un professionnel, contrat par contrat.

Comment je m'en sers, concrètement

ObjectifCe que j'utilisePourquoi
Ma retraiteLes dividendes de mes comptes-titres, foncières cotées en têteRevenu régulier, pas de réintégration, liquidité, pas de pari sur ma tranche future ; voir préparer sa retraite avec les foncières cotées
Enveloppes de relaisPEA pour les foncières européennes éligibles, assurance vie pour des retraits lissés après 8 ansFiscalité de sortie connue, capital disponible ; voir les enveloppes que j'utilise
Protéger un conjointUn PER assurantiel, avec clause bénéficiaire au conjoint ou au partenaire de PACS, alimenté avant 70 ansDéduction acquise, capital transmis sans droits, abattement de 152 500 € par bénéficiaire
Dernier recoursLe PER pour ma propre retraite, seulement si ma tranche marginale d'aujourd'hui dépasse clairement celle que j'anticipeC'est le seul cas où la déduction vaut plus que la réintégration

Les erreurs que je vois le plus souvent

La première est d'ouvrir un PER pour la déduction sans jamais avoir calculé la tranche de sortie ; c'est acheter un impôt différé en croyant acheter une économie. La deuxième est de verser sur un PER après 70 ans en pensant transmettre : le régime de l'article 757 B et l'assiette élargie rendent l'opération souvent moins bonne qu'une assurance vie classique, et parfois mauvaise. La troisième est de négliger la clause bénéficiaire : un PER assurantiel sans clause rédigée transmet selon les règles du contrat, pas selon la volonté du titulaire. La quatrième est de confondre PER bancaire (compte-titres) et PER assurantiel : seul le second relève de la fiscalité des contrats d'assurance au décès ; le premier tombe dans la succession ordinaire.

Foire aux questions

Faut-il ouvrir un PER pour ses enfants ?

Depuis 2024, il n'est plus possible d'ouvrir un PER individuel pour un mineur, et les versements ne sont plus admis sur ceux qui existaient. La question ne se pose donc plus pour les nouveaux plans.

Le conjoint bénéficiaire paie-t-il quelque chose ?

Non : le conjoint survivant et le partenaire de PACS sont exonérés du prélèvement de l'article 990 I comme des droits de succession de l'article 757 B. Les enfants, eux, bénéficient de l'abattement de 152 500 € chacun avant 70 ans.

Que se passe-t-il si je sors en rente plutôt qu'en capital ?

La rente est imposée comme une pension, au barème après l'abattement de 10 %, avec des prélèvements sociaux réduits sur une fraction. La logique de réintégration est la même ; seul le rythme change.

Et le PER sans déduction des versements ?

C'est une option : le capital correspondant aux versements non déduits est exonéré à la sortie, seuls les gains sont taxés. Le PER devient alors une enveloppe bloquée, sans avantage décisif par rapport à une assurance vie, sauf en transmission avant 70 ans.

Pourquoi les conseillers vendent-ils le PER pour la retraite ?

Parce que la déduction immédiate est un argument simple, visible et vrai. Ce qui est faux, c'est de la présenter sans sa contrepartie. Ce site explique comment sont rémunérés les distributeurs de produits d'épargne dans comment sont rémunérés les distributeurs ; la logique vaut pour le PER.

En résumé

Le PER n'est pas un mauvais produit ; c'est un produit vendu pour ce qu'il fait le moins bien. Pour sa propre retraite, il reporte l'impôt à une tranche qu'on ne connaît pas. Pour protéger un conjoint, il transforme une déduction en gain définitif. Ce qui coûte cher, ce n'est pas le PER : c'est de l'ouvrir pour la mauvaise raison.

Pour aller plus loin : mon article pourquoi je n'investis pas pour défiscaliser, notre fiche particulier investisseur, et un rendez-vous avec le cabinet pour comparer votre tranche d'aujourd'hui, celle de demain, et ce que vous voulez transmettre.

Cet article développe deux posts publiés sur LinkedIn en 2022 (« PER : déduction fiscale ou bombe à retardement ? » et « PER : outil de retraite ou de transmission ? »), mis à jour avec les règles de 2026. Le cas de M. H. est un cas client anonymisé, avec des montants arrondis. Sources : Code général des impôts, art. 163 quatervicies (déduction des versements), art. 990 I (décès avant 70 ans, abattement de 152 500 € par bénéficiaire), art. 757 B (décès après 70 ans, abattement global de 30 500 €), art. 796-0 bis (exonération du conjoint et du partenaire de PACS) ; rejet de l'article 6 du projet de loi de finances pour 2026 par l'Assemblée nationale le 13 novembre 2025 (abattement de 10 % maintenu). Le traitement du PER après 70 ans dépend du contrat et doit être vérifié avec un professionnel. Avis personnel, pas un conseil fiscal ni un conseil en investissement.

Auteur

Conseiller en gestion de patrimoine

Conseiller en gestion de patrimoine chez EXP Capital, Alexandre accompagne depuis 5 ans des particuliers, chefs d'entreprise et expatriés sur la sélection d'actifs immobiliers passifs — foncières cotées, SCPI, LMNP géré. Sa conviction : n'investir que dans des actifs qui produisent quelque chose.

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