Profiter de l'IA sans acheter Nvidia : posséder les centres de données, les tours et les entrepôts via les foncières cotées
Je ne suis pas un sceptique de l'intelligence artificielle. Mais j'ai lu assez d'histoire financière pour savoir qu'une révolution technologique réelle et un bon investissement sont deux choses différentes. Voici comment je m'expose à l'IA sans acheter les sociétés d'IA.
Par Alexandre Pollet, conseiller en gestion de patrimoineMis à jour le 24 septembre 2026 8 min de lecture
Sommaire
- 1.Pourquoi une révolution réelle peut ruiner ses investisseurs ?
- 2.Ce que disent les valorisations et ce que font certains investisseurs
- 3.Comment je m'expose à l'IA sans acheter de société d'IA ?
- 4.Pourquoi c'est un meilleur rapport risque-rendement, à mon avis ?
- 5.Les risques propres à cette stratégie
- 6.Foire aux questions
- 7.En résumé
L'essentiel. L'intelligence artificielle va changer le monde ; cela ne veut pas dire que ceux qui achètent aujourd'hui les sociétés d'IA vont s'enrichir. Lors de la bulle internet, la révolution était réelle et l'indice Nasdaq a quand même perdu 78 % entre mars 2000 et octobre 2002. En novembre 2025, le fonds de Michael Burry a déclaré des options de vente sur environ un million d'actions Nvidia et cinq millions d'actions Palantir. Ma stratégie n'est pas de parier contre : c'est de posséder ce dont l'IA a besoin quoi qu'il arrive, les centres de données, les entrepôts logistiques et les infrastructures, via des foncières cotées qui les louent, à des valorisations d'immobilier plutôt qu'à des valorisations de technologie.
Je ne suis pas un sceptique de l'intelligence artificielle. Je pense qu'elle transformera une bonne partie de l'économie, et je m'en sers tous les jours. Mais j'ai lu assez d'histoire financière pour savoir qu'une révolution technologique réelle et un bon investissement sont deux choses différentes, et que la seconde ne découle pas de la première. Cet article explique comment je m'expose à l'IA sans acheter les sociétés d'IA, et pourquoi je pense que c'est le bon compromis pour un investisseur qui ne veut pas risquer son capital sur une valorisation.
Pourquoi une révolution réelle peut ruiner ses investisseurs ?
La bulle internet est le précédent le plus clair. Internet a bien changé le monde, comme promis en 1999. Et pourtant l'indice Nasdaq, qui concentrait les sociétés de la « nouvelle économie », a chuté de 78 % entre son sommet de mars 2000 et son point bas d'octobre 2002. La plupart des sociétés introduites en Bourse à l'époque ont disparu ; celles qui ont survécu et dominé, comme Amazon, ont perdu plus de 90 % de leur valeur avant de repartir, et il fallait une conviction et une patience que presque personne n'a eues. La révolution a eu lieu ; les investisseurs de 2000 ont, en moyenne, perdu la majorité de leur capital.
Le mécanisme est toujours le même : quand tout le monde est d'accord sur l'avenir d'une technologie, son prix intègre déjà cet avenir, et souvent davantage. Ce que vous payez, ce n'est plus la technologie, c'est l'enthousiasme collectif. Et la compétition est féroce : les gagnants finaux d'une révolution sont rarement ceux qui étaient en tête au début.
Ce que disent les valorisations et ce que font certains investisseurs
Je ne vais pas citer de multiples de valorisation, parce qu'ils seront faux le mois prochain. Je note seulement qu'en novembre 2025, Scion Asset Management, le fonds de Michael Burry, connu pour son pari contre le marché immobilier américain en 2008, a déclaré dans son rapport trimestriel des options de vente portant sur environ un million d'actions Nvidia et cinq millions d'actions Palantir, pour une valeur notionnelle de plusieurs centaines de millions de dollars, quelques jours après avoir publiquement mis en garde contre l'exubérance du marché. Je ne prends pas ce type de position : parier contre une bulle est encore plus dangereux que parier pour, parce qu'une bulle peut durer bien plus longtemps que votre trésorerie. Mais je retiens le signal : des investisseurs expérimentés considèrent que le prix de l'IA a dépassé sa valeur.
Comment je m'expose à l'IA sans acheter de société d'IA ?
L'intelligence artificielle a des besoins physiques que personne ne conteste, quelle que soit la société qui gagnera la course : des centres de données pour héberger les serveurs, de l'électricité et des infrastructures pour les alimenter, des entrepôts pour la logistique qu'elle optimise, des réseaux pour transporter les données. Ces actifs sont détenus, en grande partie, par des foncières cotées, qui les louent sous des baux longs à des locataires qui incluent les géants de la technologie. Posséder ces foncières, c'est être le propriétaire des murs de l'IA plutôt que l'actionnaire de ses locataires.
| Ce dont l'IA a besoin | Type de foncière cotée | Exemples de sociétés (à titre indicatif, pas de recommandation) | Comment elle gagne de l'argent |
|---|---|---|---|
| Héberger et refroidir des serveurs | Foncières de centres de données | Equinix, Digital Realty | Loyers de long terme indexés, facturés à la capacité louée |
| Transporter des données | Foncières de tours et d'infrastructures télécoms | American Tower, Crown Castle | Loyers des opérateurs, baux très longs |
| Stocker et distribuer des biens physiques | Foncières logistiques | Prologis, en Europe des SCPI et foncières spécialisées | Loyers d'entrepôts, demande soutenue par le commerce en ligne et l'automatisation |
| Être alimentée en énergie | Certaines foncières et sociétés d'infrastructures énergétiques | Univers plus restreint, à étudier au cas par cas | Contrats de long terme avec les exploitants |
Les sociétés citées sont des entreprises cotées publiques, mentionnées pour illustrer chaque catégorie ; ce site ne fait pas d'analyse titre par titre, qui relève de reitdividend.com, du même réseau. Notre classement des meilleures foncières cotées en 2026 et la fiche foncières cotées donnent le cadre.
Pourquoi c'est un meilleur rapport risque-rendement, à mon avis ?
- La valorisation : une foncière de centres de données se paie comme de l'immobilier, sur ses loyers et la valeur de ses actifs, pas sur une promesse de croissance à dix ans. Si l'IA déçoit, les centres de données restent loués à d'autres usages.
- Le revenu : ces foncières distribuent, par obligation statutaire, l'essentiel de leur résultat. Je suis payé pour attendre, ce qu'aucune société d'IA en phase d'investissement ne fait.
- L'indifférence au gagnant : que ce soit une société ou une autre qui domine l'IA, elle aura besoin de serveurs quelque part. Le propriétaire des murs n'a pas à deviner le nom du locataire.
- Ce que je perds : la hausse spectaculaire si l'IA tient toutes ses promesses. Le propriétaire des murs ne devient jamais aussi riche que le locataire qui réussit. C'est le prix d'un capital que je ne veux pas risquer.
Les risques propres à cette stratégie
Elle n'est pas sans risque, et je préfère les nommer. Les foncières de centres de données se sont déjà renchéries à mesure que l'IA attirait les capitaux : elles ne sont pas à l'abri d'un enthousiasme qui déborde sur elles. Leur dette est sensible aux taux d'intérêt, comme celle de toute foncière. La consommation électrique des centres de données est devenue un sujet politique, et des contraintes réglementaires peuvent apparaître. Enfin, une baisse brutale des investissements en IA réduirait la demande de nouvelle capacité, même si les capacités existantes restent louées. Notre page sur les risques des foncières cotées traite de l'endettement et de la concentration sectorielle, qui s'appliquent ici.
Sur les tours télécom, voir pourquoi j’ai choisi Crown Castle ; sur la logistique californienne, deux achats opportunistes dont Rexford Industrial.
Foire aux questions
N'est-ce pas déjà trop tard pour les foncières de centres de données ?
Leurs cours ont déjà monté, et leur valorisation n'est plus celle de 2022. Mais elles restent valorisées sur des loyers et des actifs, pas sur des multiples de chiffre d'affaires à trois chiffres. La question du prix d'entrée se pose, comme pour toute foncière.
Pourquoi ne pas simplement acheter un ETF technologique ?
Parce que c'est exactement acheter l'enthousiasme collectif aux prix du jour. Un ETF technologique en 2000 aurait perdu les trois quarts de sa valeur en deux ans, tout en détenant les sociétés de la révolution.
Et les sociétés qui fabriquent les puces ?
Ce sont des sociétés industrielles cycliques, avec des marges exceptionnelles aujourd'hui, ce qui attire les concurrents. Je ne sais pas les valoriser ; je sais valoriser un immeuble loué.
Ces foncières sont-elles accessibles en PEA ?
Les foncières américaines, non. Elles se détiennent sur compte-titres, avec la retenue à la source de 15 % neutralisée par le crédit d'impôt, comme l'explique double imposition des dividendes étrangers.
Existe-t-il des SCPI exposées à ces actifs ?
Certaines SCPI investissent dans la logistique et, plus rarement, dans des centres de données ; la fiche ActivImmo décrit une SCPI logistique. L'exposition reste indirecte et européenne.
En résumé
Je crois à l'IA et je ne veux pas risquer mon capital sur son prix. La solution que j'ai trouvée est celle du propriétaire : posséder les centres de données, les tours et les entrepôts dont elle a besoin, via des foncières cotées qui les louent, se valorisent comme de l'immobilier et me paient pour attendre. Le coût de cette prudence est de ne jamais gagner autant que celui qui aura deviné le bon locataire ; le coût de l'imprudence, l'histoire de 2000 l'a chiffré à 78 %.
Pour aller plus loin : la fiche foncières cotées, notre classement des meilleures foncières cotées en 2026, et mon article volatilité et risque pour la logique de long terme. Pour construire une exposition à ces secteurs adaptée à votre portefeuille, un rendez-vous avec le cabinet est la bonne étape.
Cet article développe ma vidéo « Comment profiter de l'IA sans risquer son capital » (novembre 2025). Sources : chute de l'indice Nasdaq Composite de 78 % entre le 10 mars 2000 et octobre 2002 (données de marché largement documentées) ; déclarations trimestrielles (formulaire 13F) de Scion Asset Management déposées auprès de la SEC en novembre 2025, telles que rapportées par Bloomberg et Sherwood News (options de vente sur environ un million d'actions Nvidia et cinq millions d'actions Palantir). Les sociétés citées le sont à titre d'illustration de catégories ; aucune n'est recommandée. Avis personnel, pas un conseil en investissement ; les foncières cotées comportent un risque de perte en capital et une volatilité élevée.
Auteur
Conseiller en gestion de patrimoine
Conseiller en gestion de patrimoine chez EXP Capital, Alexandre accompagne depuis 5 ans des particuliers, chefs d'entreprise et expatriés sur la sélection d'actifs immobiliers passifs — foncières cotées, SCPI, LMNP géré. Sa conviction : n'investir que dans des actifs qui produisent quelque chose.
EXP Capital — ORIAS n° 25005915. Parcours et méthode →
