Retour d'expérience

Trésorerie d'entreprise : pourquoi j'ai ouvert un compte-titres au nom de ma société pour y loger des foncières cotées

Très peu de conseillers en parlent, et je le comprends : le compte-titres pour personne morale ne rapporte pas de commission. J'ai ouvert les miens il y a quelques années et j'y ai mis ce que je connais le mieux.

Par Alexandre Pollet, conseiller en gestion de patrimoineMis à jour le 24 septembre 2026 8 min de lecture

Sommaire
  1. 1.Que propose-t-on d'habitude à une société qui a du cash ?
  2. 2.Pourquoi un compte-titres au nom de la société ?
  3. 3.Pourquoi des foncières cotées plutôt que des actions classiques ?
  4. 4.Comparaison des trois solutions pour une trésorerie d'entreprise
  5. 5.Comment j'ai ouvert les miens
  6. 6.Foire aux questions
  7. 7.En résumé

L'essentiel. Quand une société a de la trésorerie à placer, on lui propose presque toujours un contrat de capitalisation ou de l'usufruit temporaire de SCPI, rarement un compte-titres au nom de la société. J'ai ouvert les miens, et j'y loge des foncières cotées, pour une raison fiscale précise : des titres détenus en direct ne sont imposés à l'IS que sur les dividendes encaissés et sur les plus-values réalisées à la vente, alors qu'un fonds ou un ETF est imposé chaque année sur la variation de sa valeur liquidative (article 209-0 A du CGI), sauf s'il est investi à 90 % au moins en actions, et qu'un contrat de capitalisation supporte une imposition forfaitaire annuelle calée sur 105 % du taux moyen des emprunts d'État. Les foncières cotées ajoutent des dividendes élevés et réguliers et une performance historique supérieure aux SCPI. Ce n'est pas la solution de tout le monde : c'est celle d'un dirigeant qui accepte la volatilité et un horizon long.

Très peu de conseillers en parlent, et je le comprends : le compte-titres pour personne morale ne rapporte pas de commission de souscription. Pourtant, c'est probablement l'un des meilleurs outils pour placer l'excédent de trésorerie d'une société, à condition de savoir ce qu'on y met. J'ai ouvert les miens il y a quelques années, chez deux courtiers en ligne, et j'y ai mis ce que je connais le mieux : des foncières cotées. Cet article explique pourquoi, en comparant honnêtement avec les deux solutions qu'on propose d'habitude.

Que propose-t-on d'habitude à une société qui a du cash ?

Deux choses, principalement. Le contrat de capitalisation pour personne morale, qui permet d'accéder à un fonds en euros et à des unités de compte, avec une fiscalité particulière : chaque année, la société doit intégrer à son résultat imposable un gain forfaitaire égal à 105 % du taux moyen des emprunts d'État en vigueur à la souscription, que le contrat ait ou non performé ; avec un taux moyen des emprunts d'État de 3,58 % en janvier 2026, cela représente une base forfaitaire d'environ 3,76 % par an du montant souscrit, régularisée au rachat. Et l'usufruit temporaire de parts de SCPI, que la société achète pour cinq ou dix ans, encaisse les loyers et amortit comptablement, un montage que ce site détaille dans SCPI en démembrement et dans SCPI dans une SCI ou une holding à l'IS. Les deux sont légitimes ; les deux rapportent une commission à celui qui les vend.

Pourquoi un compte-titres au nom de la société ?

Parce qu'il donne accès à tout ce qui se négocie en Bourse, sans frais d'entrée, avec une liquidité quotidienne, et avec une fiscalité qui dépend uniquement de ce qu'on y met. C'est ce dernier point qui compte, et il est mal connu. Une société à l'IS qui détient des parts de fonds ou d'ETF est soumise à l'article 209-0 A du Code général des impôts : chaque année, l'écart entre la valeur liquidative d'ouverture et de clôture est intégré au résultat imposable, même sans vente. Une plus-value latente est donc taxée à l'IS au fil de l'eau, ce qui casse l'effet des intérêts composés. L'exception vaut pour les fonds dont l'actif est composé en permanence à 90 % au moins d'actions, sous conditions que la doctrine administrative précise et qu'il faut vérifier fonds par fonds ; un ETF mondial n'y satisfait pas toujours.

Des titres détenus en direct, eux, échappent à ce mécanisme : la société est imposée sur les dividendes qu'elle encaisse, au taux normal de l'IS (25 %, ou 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice sous conditions), et sur la plus-value au moment où elle vend, pas avant. Une action de foncière cotée qui double en dix ans sans être vendue ne génère aucun impôt sur cette hausse pendant dix ans. C'est exactement ce que ce site explique dans l'article sur la fiscalité des holdings : l'angle fiscal validé pour une trésorerie placée en titres est l'article 209-0 A, pas un projet de taxe qui n'a jamais été voté.

Pourquoi des foncières cotées plutôt que des actions classiques ?

  • Pas d'imposition des plus-values latentes : titres en direct, donc hors du champ de l'article 209-0 A, contrairement aux ETF.
  • Des dividendes élevés et réguliers : l'obligation de distribution des foncières donne à la société un revenu récurrent, utile pour une trésorerie qui doit rester en partie disponible.
  • Une performance historique supérieure aux SCPI : près de 12 % par an sur quarante ans contre environ 8 %, avec les réserves que je détaille dans mon match SCPI contre foncières.
  • Une surperformance de long terme sur les grands indices actions : voir foncières cotées vs S&P 500.
  • Ce que ça coûte : une volatilité boursière visible dans les comptes de la société, une dépréciation à constater si le cours baisse durablement sous le prix d'achat, et une retenue à la source sur les dividendes étrangers dont le traitement à l'IS diffère de celui des particuliers ; c'est à voir avec l'expert-comptable.

Mon objectif sur cette poche, tel que je l'avais formulé : plus de 10 % annualisés sur les prochaines années, en partant de valorisations historiquement basses. C'est un objectif, pas une promesse, et il suppose de ne pas avoir besoin de cette trésorerie à court terme.

Comparaison des trois solutions pour une trésorerie d'entreprise

CritèreContrat de capitalisationUsufruit temporaire de SCPICompte-titres personne morale, foncières cotées
Imposition en cours de vieForfait annuel à 105 % du TME, régularisé au rachatLoyers imposés à l'IS, usufruit amortissable sur sa duréeDividendes à l'IS ; plus-values latentes non imposées (titres en direct)
Frais d'entrée0 à quelques pour cent selon contratFrais de souscription de la SCPI, sur la valeur de l'usufruitCourtage uniquement
LiquiditéRachat possible, délai de l'assureurNulle avant le terme (5 à 10 ans)Quotidienne
Volatilité comptableFaible sur fonds en eurosNulle (valeur amortie)Élevée, dépréciation possible
Rémunération du distributeurOuiOuiNon
Horizon adapté2 à 8 ansDurée de l'usufruit8 ans et plus

Ce tableau ne désigne pas de gagnant : une société qui aura besoin de son cash dans trois ans n'a rien à faire en foncières cotées, et une société qui veut un revenu sans volatilité comptable a de bonnes raisons de regarder l'usufruit de SCPI. Il montre seulement que la troisième colonne existe, et qu'on ne vous la propose pas parce qu'elle ne rémunère personne.

Comment j'ai ouvert les miens

Chez deux courtiers en ligne, l'un international, l'autre européen, choisis pour leur réactivité à l'ouverture d'un compte au nom d'une société, ce qui n'est pas le cas de tous : un courtier historique que j'avais sollicité était nettement moins réactif. Les pièces demandées sont celles de toute ouverture de compte professionnel : statuts, Kbis, bénéficiaires effectifs, pièce d'identité du dirigeant. L'essentiel n'est pas le courtier ; c'est d'avoir, avant d'ouvrir, une politique écrite de placement de trésorerie validée avec l'expert-comptable, qui définit l'horizon, la part investie et la façon dont les titres seront comptabilisés. Sans cela, la volatilité du premier trimestre de baisse devient un problème de bilan.

Foire aux questions

Un dirigeant peut-il faire cela dans une holding plutôt que dans la société d'exploitation ?

C'est souvent préférable : la holding isole les placements de l'activité, et ce site décrit ce montage dans SCPI dans une SCI ou une holding à l'IS. La logique fiscale des titres en direct est la même.

Les dividendes de foncières étrangères sont-ils taxés deux fois pour une société ?

La retenue à la source s'applique, et son imputation sur l'IS suit des règles propres aux entreprises. C'est un point à traiter avec l'expert-comptable, titre par titre.

Faut-il constater une dépréciation si le cours baisse ?

En principe, oui, si la valeur d'inventaire à la clôture est inférieure au coût d'acquisition et que la baisse est durable ; elle est déductible sous conditions et reprise en cas de remontée. C'est la contrepartie comptable de la volatilité.

Et le régime mère-fille ?

Il ne s'applique qu'à partir de 5 % du capital de la société détenue, ce qui ne concerne pas un placement de trésorerie diversifié.

Pourquoi les experts-comptables n'en parlent-ils pas ?

Beaucoup en parlent, quand on leur pose la question. Ce qui manque le plus souvent, c'est le dirigeant qui la pose, parce qu'on lui a déjà proposé autre chose.

En résumé

Un compte-titres au nom de la société, avec des foncières cotées en direct, échappe à l'imposition annuelle des plus-values latentes qui frappe les fonds et les ETF, ne supporte pas le forfait du contrat de capitalisation, ne rémunère aucun distributeur, et produit des dividendes réguliers. Il coûte une volatilité comptable et exige un horizon long. Ce qui coûte cher, pour une trésorerie d'entreprise, c'est de ne connaître que les deux solutions qu'on vous vend.

Pour aller plus loin : notre page pour les dirigeants, l'article SCPI financée par compte courant d'associé pour l'autre voie, et un rendez-vous avec le cabinet pour arbitrer, avec votre expert-comptable, entre les trois solutions sur votre trésorerie réelle.

Cet article développe deux posts publiés sur LinkedIn en mars 2022 (« Optimiser la trésorerie d'entreprise avec un CTO personne morale » et « Trésorerie d'entreprise : le compte-titres personne morale »), mis à jour avec les règles de 2026. Sources : Code général des impôts, art. 209-0 A (écarts de valeur liquidative des OPC détenus par les entreprises ; exception pour les OPC investis à 90 % au moins en actions, BOFiP BOI-IS-BASE-10-20-10 et 10-20-20), art. 219 (taux de l'IS) ; art. 238 septies E (imposition forfaitaire des contrats de capitalisation détenus par les personnes morales, 105 % du TME) ; IEIF et Nareit pour les performances de long terme. Avis personnel, pas un conseil fiscal ni un conseil en investissement ; les foncières cotées comportent un risque de perte en capital et une volatilité élevée.

Auteur

Conseiller en gestion de patrimoine

Conseiller en gestion de patrimoine chez EXP Capital, Alexandre accompagne depuis 5 ans des particuliers, chefs d'entreprise et expatriés sur la sélection d'actifs immobiliers passifs — foncières cotées, SCPI, LMNP géré. Sa conviction : n'investir que dans des actifs qui produisent quelque chose.

EXP Capital — ORIAS n° 25005915. Parcours et méthode →